À propos d’Aïcha Van Dun

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« Logiquement, le livre devrait s’ouvrir sur le père. Il y a toujours beaucoup à dire sur l’homme qui vous a conçu, l’histoire commence là. » Camille Laurens

11 juillet 2015

Je m’appelle Aïcha Van Dun.

C’est un nom qui exige une explication.

Mais à la longue, ça me fatigue d’avoir à m’expliquer (j’en profite pour remercier mes originaux de parents de cette excentricité parmi tant d’autres!) Après tout, je suis née et je vis depuis toujours à L’Assomption.  !!!

J’y reviendrai.

Pour faire court, je m’appelle Aïcha, j’ai une maîtrise en création littéraire de l’université McGill (la cuvée d’Yvon Rivard) et j’enseigne la littérature française et québécoise au collégial depuis dix-sept ans maintenant.

J’aime les débats, le scrabble et les hommes lumineux. C’est une belle formule, non? Je blague (c’est un petit clin d’œil à un ami qui se reconnaîtra).

J’aime les débats, c’est tellement vrai que ça me pousse depuis peu à écouter les interminables commissions parlementaires de l’Assemblée nationale (ma soeur pense que je vais finir un jour en politique active!).

Mais j’ai une petite dent contre le scrabble. Surtout celui qui se joue sur facebook.
Quant aux hommes…

J’ai un peu perdu mes repères en ce qui les concerne.

J’y reviendrai aussi.

On y revient toujours, de toute façon, aux hommes.

« C’est beau un homme / C’est si beau un homme » chantait la jeune Shirley Théroux avec désinvolture.

Je n’ai pas démarré ce blogue dans le but de vous divertir ou de vous inspirer. Et pourtant, je serais…

trop

totalement

complètement

enchantée

que vous en fassiez un rendez-vous incontournable!

Je serais ravie de recevoir vos réactions et commentaires sur une base régulière. Votre rétroaction, je la visualise comme une forme de carburant.

J’attendrai donc vos commentaires-carburant.

Et les autres, pensez-vous? Les commentaires moches? poches? décourageants? désobligeants? Oh, ceux-là viendront bien assez vite. Je ne suis pas particulièrement impatiente de les découvrir. Je les redoute un peu. J’espère qu’ils seront tout de même respectueux et constructifs. Sans quoi ils appelleront une fonction très utile : DELETE!

Avis aux mauvaises langues.

Chers lecteurs, chers visiteurs qui prenez plaisir à réfléchir, à échanger, à partager…
Sachez que vous êtes les bienvenus en tout temps sur ce blogue :

L’invitation est lancée!

***

J’ai créé ce blogue parce qu’il m’est soudain devenu nécessaire d’écrire.

Parce que ça cogne à ma porte intérieure.

Ça cogne fort.

Depuis un bon moment.

Les mots, les idées, les images se bousculent, me bousculent. Je n’arrive plus à faire la sourde oreille. Je ne peux plus me contenter de « lire » le monde qui m’entoure.

Je ne sais plus être un « écrivain qui n’écrit pas ».

On me commande d’ouvrir.

Écrire.

Écrire c’est un don. C’est un acte de générosité.

Pour la première fois, ça se passe dans mon ventre et dans mon cœur. Pas dans ma tête.
Et ça change tout.

L’écriture en friche « descend » enfin par je ne sais quel mystérieux canal auquel je n’avais pas accès jusqu’ici. Il aura fallu une vingtaine d’années pour que ça circule librement entre ma tête, mon cœur et mon ventre.

Vingt ans!

Ce n’est pas rien.

Ma fille cessera de lever ses petits yeux inquisiteurs au ciel en me demandant : « T’es rendue à quelle page, là, maman? » C’était sa rengaine de l’été dernier.

À ce sujet, vous pourrez bientôt lire une lettre à ma grande fille de dix ans (un texte écrit l’été dernier) qui s’inquiétait de me voir écrire un seul tout petit tout petit paragraphe par jour.

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Belle chouette qui lit et écrit déjà partout tout le temps avec une telle souplesse, un tel abandon! La regarder écrire, la voir écrire au beau milieu du quotidien grouillant de vie, c’est une leçon d’écriture en soi.

***

Écrire.

Écrire toute seule. Hors de ma zone de confort.

Seule comme la petite fille que j’étais dans le noir.

Je me souviens à quel point j’étais terrorisée à l’idée d’aller ranger mon vélo dans l’obscurité totale de la remise, derrière la maison.

Je me souviens aussi de cet étrange exercice auquel je me soumettais parfois, le soir, dans l’obscurité de ma chambre :

Je m’imposais de laisser pendre l’une de mes petites jambes à l’extérieur de mon lit. Pour dompter mon imaginaire débridé. Pour combattre ma peur des crocodiles. Ces bêtes féroces qui allaient mordre la chair blanche de mon petit pied nu avant de…

M’AVALER!

Quand j’y repense, ça me rappelle les fameux exercices d’endurcissement des jumeaux du Grand cahier d’Agotha Kristof.

« Nous décidons d’endurcir notre corps pour pouvoir supporter la douleur sans pleurer.
Nous commençons par nous donner l’un à l’autre des gifles, puis des coups de poings. Voyant notre visage tuméfié, Grand-Mère demande :
-Qui vous a fait ça?
-Nous-mêmes, Grand-Mère.
-Vous vous êtes battus? Pourquoi?
-Pour rien, Grand-Mère. Ne vous inquiétez pas. Ce n’est qu’un exercice. »

Le « Ça ne fait pas mal » des cruels jumeaux avait donc son équivalent dans la chambre que je partageais avec ma petite sœur Shanti: « Je n’ai même pas peur. »

Je n’ai même pas peur. Je n’ai même pas peur. Vous m’avez entendue? Est-ce que quelqu’un m’entend dans cette maison??? J’ai sept ans et JE – N’AI – MÊME – PAS – PEUEUEUR!

***

Écrire.

Dans la solitude.

Sans chercher à obtenir ton approbation, tes conseils ou tes encouragements.

Écrire, ça me donne le vertige. Ça me fout la trouououououille!

Note à ma psychologue : c’est bon * je suis lancée * je nage * il vente * il y a de la houle * j’écris tout ce qui vient sans me censurer * j’ai peur * merde * je suis morte de peur * tout à coup je comprends les peurs de la gang de Borduas * peur des préjugés * de l’opinion publique * de la réprobation générale * il y a aussi * la pauvreté * les relations neuves * les écluses grandes ouvertes * et l’amour transformant *

Écrire.

Sous le regard d’acier du père.

Tu écris tellement lentement… Tu auras combien de lecteurs? Trois cents? Bon, peut-être un peu plus, mais combien? Tu as toute la vie pour écrire. Tu es jeune encore! Tu as un bon travail au cégep. Tu es permanente. Que veux-tu… les artistes ne gagnent pas très bien leur vie. L’enseignement, c’est métier noble. Un garçon rencontré par hasard à la pharmacie me disait que tu es une bonne enseignante. Ça fait plaisir à entendre! Aïcha, écoute un peu, laisse grandir tes enfants. Viens t’asseoir. On va jaser. Qu’est-ce qu’on peut t’offrir? Tu veux quelque chose à boire? J’ai quelque chose à te dire. Ne dis pas non trop vite. Il faut savoir écouter. On a un peu d’expérience. On a vu neiger. C’est pas si simple. C’est pas é-vi-dent… Ta responsabilité est auprès de tes enfants.
Ta mère, souviens-toi, a toujours été là pour vous trois.

Calvaire.

J’ai-tu vraiment besoin de ça?

Moi qui ai toujours voulu écrire tout de suite dans la cour des grands?

Sans farce, je pense que ma glande thyroïde a toujours été déréglée. Je la soupçonne de produire des hormones d’autocritique.

Ce qui n’arrange rien, c’est qu’il écrit vachement bien mon père, malgré ses hormones d’autocritique (c’est sûrement génétique) et son trop-plein d’humilité littéraire. Son style a des accents épiques, mais sa plume est vive, intelligente, colorée, et il sait raconter une histoire avec une intrigue, des péripéties, et tout et tout. Il maîtrise l’art du portrait (lire son ouvrage Tout quitter pour la liberté publié chez Libre expression) et il fait de maudites belles photos.

J’ai toujours tellement de plaisir à le lire et à l’encourager dans ses projets d’écriture.

Pourquoi n’est-il pas le premier à souffler sur les braises de mon désir d’écrire?

Quelle importance maintenant?

Je sais qu’il m’aime inconditionnellement.

Imprimer toutes les croyances limitatives… les miennes, celles de mon père, sans chercher à les distinguer et… les jeter dans un grand feu!

Pourquoi écrire, après Victor Hugo?

Quoi? Encore un frein à l’écriture?

Il nous fait chier, papa, Victor Hugo! Ses livres vont alimenter mon beau grand feu.

Ah! Je respire…

Je respire tellement mieux.

Faire silence.
Quelques minutes encore.

Méditer.
Écouter le feu.

Et puis revenir à papa.

À l’amour de mon papa pour moi.

À ses belles grandes mains d’écrivain public. À mes petites mains dans ses grandes mains rassurantes. À mes petits bras autour de son cou. À mon petit corps sur ses genoux.

Revenir au plaisir que j’ai toujours eu à le regarder écrire.

À sa plume vive et talentueuse.

Écrire dans le sillon et le bel héritage de Frans Van Dun.

Écrire avec papa.

Avec tout ce que j’aime de mon vieux-jeune papa d’amour.

Papa, tu sais à quel point j’aime ça écrire.

Et tu sais que ça me vient de toi.

***

Écrire, mon père le sait pour avoir tenu un petit journal régional, c’est parfois un acte de résistance (l’ancien maire, M. Toupin, et l’ancien directeur du Collège, M. Therrien, en savent quelque chose. Je les soupçonne d’avoir pris un certain plaisir, dans le temps, à répondre aux critiques souvent virulentes du fondateur de L’Écrivain public. Mais je me trompe peut-être. Chose certaine, quand Frans Van Dun évoque ces deux hommes aujourd’hui, il rit dans sa barbe. Et c’est de bon cœur).

Écrire pour résister, ça a été et c’est encore le lot de nombreux écrivains.

Chez nous, au Québec, la palme de la résistance et de l’engagement revient sans conteste à l’essayiste Djemila Benhabib.

Pour son combat colossal contre l’islam politique.

Et sa lutte pour une société québécoise laïque.

« La Peur, c’est humain… Le Courage aussi. »

 

Ces paroles sont devenues mon leitmotiv.

J’y trouve deux voix; celle de la petite Djemila qui a souffert de l’intégrisme religieux. Et celle de la géante Benhabib, la formidable essayiste polémique qu’elle est devenue.

@Djemila : Si tu me lis, courageuse amie, sache que tu m’as donné, au cours de la dernière année, le courage d’affronter mon dragon intérieur. Sache aussi que tu me communiques ta détermination, ta ténacité, ta passion, ta fougue et tes espoirs d’un monde meilleur. Je te remercie, je te soutiens et je t’offre, comme tant d’autres Québécoises, mon entière solidarité. Ce qui ne veut pas dire que je partage tout le temps toutes tes opinions! Mais je crois, comme toi, en la liberté d’expression et je serai toujours très heureuse d’entrer dans le débat avec toi. Tu m’inspires.

***

Écrire, c’est tant de choses encore.

Mais il est 23 h et il faut bien que cette ouverture de blogue se termine!

Je vais conclure en vous disant qu’écrire, c’est aussi chercher la lumière dans le tourbillon (clin d’œil à toi, super papa qui prépare le meilleur café Bailey’s au monde) de ma nuit solitaire de maman séparée.

Peut-être que mon prochain texte portera sur ce chagrin-là. Sur cette douleur-là.

 

 

Admettre, pour la première fois publiquement, avec la gorge nouée d’émotion,
mais sans honte ni culpabilité :

Je suis une maman séparée.

***

Mes deux trésors sont partis pour une semaine de vacances avec leur papa. Ils sont partis tous les trois, pour la toute première fois, sans moi. Les petits plus si petits sont partis avec le sourire. Ils anticipaient le plaisir. Ils vont bien s’amuser avec des amis.

Leur papa m’a regardée. Je pense qu’il était ému, lui aussi.

On s’est compris.

Le deuil,

l’amour,

la Vie.

N’oubliez par de partager les textes que vous appréciez. C’est la meilleure façon de m’aider à bâtir ma communauté de lecteurs!

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25 réflexions sur “À propos d’Aïcha Van Dun

  1. Bravo, quelle determination!
    Affronter la page vierges et surtout exposer une facette de ton expérience de fille, de femme et de maman,
    c’est comme si tu nous permettais de franchir une barrière nous rapprochant du cercle de tes amis.
    Je suis en vacances, je serai un de tes lecteurs si tu le veux bien.
    Marc Paquet

    Aimé par 1 personne

  2. Bravo Aïcha. Que c’est refraichissant. En effet tu as hérité de l’exemple de ton père que j’admire également. Un homme de conviction et d’un esprit critique juste, raisonnable et raisonné. Continue d’avoir peur ça garde les pieds sur terre, mais laisse ton imaginaire faire des folies. Je serai un fidèle « suiveux » de ton bloque. Encore BRAVO!

    Aimé par 1 personne

  3. Bravo Aïcha! Quelle plume ma chère. Quoi que je n’en ai jamais douté. J’ai pris quelques minutes de mes précieuses vacances pour te lire, et c’était très divertissant. Tu nous a fait voyager dans ton univers et j’ai déjà hâte de te relire. Grosse bise et à très bientôt!

    J’aime

  4. Il y a plusieurs parallèles entre nos vies, on en avait déjà fait le constat. Alors tu ne seras pas surprise de lire que tes mots ont trouvé écho en moi. Dans ton besoin viscéral d’écrire malgré la bonne job permanente qui devrait répondre à tous nos désirs de réalisations professionnelles, dans ta vie de maman séparée, où tout est à apprivoiser: l’absence, la solitude, le silence. C’est fou comme des petits souffles d’enfants tout près de soi font toute la différence quand on s’abandonne au sommeil… Ce sera donc un plaisir de te lire, de suivre tes premiers pas de blogueuse… et les suivants!
    À bientôt! xx

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  5. Wow Aïcha!… C’est très touchant et tout en émotions! Continue à écouter ton ventre malgré les pensées -freins que ton entourage peut te mettre car ton ventre te dictera toujours ta véritable passion! Il en est de même pour tous les artistes (je vis, parfois, moi-même la même situation avec mon conjoint depuis que j’ai renoué avec les arts)… Tu dois suivre les papillons qui se trouvent dans ton ventre si tu veux t’envoler et élever ton âme! En tous les cas, reste sur cette voie; je t’y encourage grandement ô toi mon amie d’enfance!

    Aimé par 1 personne

  6. On me dit souvent ces temps-ci de prendre du temps pour moi. Alors quand je te lirai, sache que c’est ce que je ferai : prendre du temps pour moi. Bravo Aïcha. Ne nous laisse pas sur notre faim trop longtemps.

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  7. Bravo à toi!! J’ai été très toucher par ton blogue, par ton humilité, ta grande capacité à te dire avec tes forces et tes difficultés. Je suis rester sensible à toi lorsque tu parlais de ta relation à ton père, cet homme qui es en quelques sortes un inspiration à sa manière. Continue de te nourrir de ta passion … sa goûte bon de te lire !!!

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  8. Bravo Aïcha, excellent texte de départ. Tu as suivi ta voix intérieure pour notre plus grand bonheur de lecteur. Oui, il y a toutes ces censures, mais la pire et la plus sournoise c’est souvent la nôtre. Celle que l’on s’inflige puisque l’on ne se trouve jamais parfait. J’ai beaucoup aimé ton texte parce qu’il est toujours vivant, parfois échevelé et authentique.

    Aimé par 1 personne

  9. Bravo Aicha, c’est avec plaisir que je te lirai. Félicitation quel beau projet. Tu possèdes tous les atouts nécessaires pour nous tenir en haleine. L’écriture est un bon exutoire. C’est avec tristesse que ce texte m’apprend ce que tu vies. Je te serres dans mes bras et si tu veux je te berces sur mon coeur. Ta cousine Micheline dont l’amour ne se mesure pas au nombre de visites. 💋💜

    Aimé par 1 personne

  10. Tu as toujours eu ce beau talent d’écriture… Je me souviens des beaux mots que tu m’écrivais dans mes cartes de fête quand nous de grandes amies, je suis bien heureuse de pouvoir te lire à nouveau!

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