Course à la chefferie: le plaisir d’en discuter en famille

Moi : Alors, tu en es où, ma chérie, dans ta réflexion? Qu’est-ce que tu penses de la course à la chefferie qui tire à sa fin?  

Fifille : Je pense que les jeunes ont peur de l’indépendance. Je pense que les gens, en général, ont peur de l’indépendance. Faque… la seule façon – genre – d’arriver à notre objectif, c’est de mettre l’environnement en priorité AVEC l’indépendance!

Moi : C’est bien la première fois que je t’entends dire notre objectif! C’est intéressant! Et qu’est-ce que tu entends par notre objectif? Quel est notre objectif, selon toi?

Fifille : Sauver le Parti Québécois, voyons! On ne fera pas l’indépendance avec deux membres!

Moi : C’est sûr! (On a encore 40 000 membres, elle a le sens de l’hyperbole!)

Fifille : Tout le monde s’entend sur l’environnement. Personne ne peut être contre l’urgence climatique. Tout le monde veut un avenir! L’environnement ne fait peur à personne, on est d’accord? C’est pour ça qu’il faut mettre l’indépendance et l’environnement… ENSEMBLE!   

Moi : Si je comprends bien, tu penses que l’environnement, qui fait l’unanimité, peut servir de contrepoids à la peur que suscite l’indépendance… C’est un raisonnement intéressant! Ça tient la route!

Fifille : Tu trouves?

Moi : Oui, je trouve! Je dirais même que ton analyse vaut celle de Josée Legault.

Fifille : Mais maman, c’est pas juste! Il me manque seulement six mois pour pouvoir voter!

Moi : Je sais! Mais si tu pouvais voter, tu voterais pour qui?

Fifille : 1. Pour Sylvain Gaudreault. C’est le plus compétent en environnement et il a un vrai plan pour un pays vert. 2. Pour Plamondon, parce que chez lui, l’indépendance et l’environnement vont ensemble. Toi, maman, tu vas voter pour qui, finalement?

Moi : Ah! Tu sais, j’ai décidé de demeurer neutre… La seule personne que j’aurais appuyé publiquement c’est Véronique Hivon.

Fifille : Mais à moi, tu peux le dire…

Moi : Bien sûr qu’à toi je pourrai le dire! (Rires)

Le temps file…

J’embrasse ma fille et je lui dis à quel point je suis fière d’avoir une grande fille qui raisonne et discute aussi bien.

Elle quitte la maison et se dirige vers son arrêt d’autobus en souriant.   

Ce formidable échange avec ma grande fille de quinze ans renforce une conviction profonde : c’est l’amour inconditionnel qui ouvre les canaux de la réflexion sur le monde qui nous entoure. On apprend mieux dans l’amour. On s’ouvre, dans l’amour… On y puise la confiance nécessaire à la réflexion…

Quand mon parent m’accompagne dans ma réflexion, quand mon parent devient le témoin bienveillant de ma réflexion, j’ai la sécurité affective qu’il faut pour développer mon jugement critique, pour « conduire » ma réflexion à destination.

Chaque fois que je félicite, chaque que j’encourage, chaque que je « challenge » ma fille, implicitement je lui dis : « Fonce! Fais-toi confiance! Tu as tout ce qu’il faut pour exercer ta liberté intellectuelle, tout ce qu’il faut pour participer activement, par tes idées, au monde qui t’entoure. Ta société, notre société, a besoin de gens comme toi, a besoin d’une tête bien faite comme la tienne!  

Et si, comme parent, on a l’humilité d’ajouter… Tu sais, non seulement ta réflexion tient la route, mais ta réflexion nourrit la mienne… Si, comme parent, on se met à l’écoute, si on reconnaît la parole nos enfants, voilà qu’on confère une légitimité à cette parole. Et très vite, leur réflexion, spontanée et libre, s’aiguise et se déploie!

Encouragés, valorisés dans leurs efforts de réflexion, les enfants gagnent rapidement en confiance. Et bientôt, ils osent s’exprimer en dehors du cadre rassurant de la famille, en classe, par exemple. Peu à peu, au grand plaisir de leurs professeurs, ils développent des idées personnelles originales et fortes! Intellectuellement, ils avancent désormais sans peur, si bien qu’ils recherchent les débats animés, qu’ils apprécient le choc des idées!

Et souvent, ce choc des idées débute aussi en famille…

 « Mais maman, tu m’as dit que maintenant, c’est à moi de décider! », me lance fiston, indigné.   

Et vlan!  

Il faut bien lui donner raison quand il nous rappelle qu’il aura dix-sept ans dans un mois.

Dix-sept ans!  

Reste que la réflexion nouvelle de nos ados nous est inconnue. Ils ont poussé si vite que par moments, on a littéralement l’impression de ne plus les connaître!

Au final, que reste-t-il de ce que nous avons tenté de transmettre? Se mettront-ils en danger à la première occasion?

Peut-être.

« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans », chantait gravement Léo.  

Il y a sûrement une vérité universelle là-dedans.  

En attendant, la course à la chefferie tire vraiment à sa fin.

Ne boudons pas notre plaisir d’en discuter… en famille!

Ton choix est fait, fiston? Partages-tu le point de vue de ta sœur? Grand-papa se ferait une joie d’en jaser avec ta soeur et toi, autour d’un bock ou d’une limonade…