Militer pour la souveraineté

photo de Véronique Hivon et moi

Demain matin, j’apporterai ma contribution à la cause souverainiste en me présentant à la présidence du Parti Québécois de Lanaudière-Sud.

J’étais déjà, depuis peu, vice-présidente de l’exécutif de la circonscription de L’Assomption et secrétaire de l’instance régionale. Cette nouvelle instance territoriale qui scinde la région de Lanaudière en deux territoires distincts, regroupera les circonscriptions de L’Assomption (la mienne), Repentigny, Mascouche et Terrebonne.

Étonnés?

Qu’est-ce qui peut bien me motiver, pensez-vous, à militer pour un « vieux parti » qui, aux dires de bien du monde, aurait fait son temps?

Pourquoi embrasser le rêve de mes parents alors qu’on nous invitait cette semaine, à l’occasion de notre fête nationale, à « rêver mieux », à opérer le passage vers un « renouveau monde » (l’expression est d’Ariane Moffatt) dont les contours, imprécis, ressemblent davantage à des contorsions qu’à l’horizon d’un pays.

D’abord, ce rêve de mes parents, je l’ai fait mien comme l’historien et auteur Éric Bédard l’a fait sien, comme bien des gens de notre génération l’ont fait leur : à l’occasion d’un discours professoral enlevant de Jacques Parizeau sur la tribune d’un cégep, en l’occurrence de mon cégep à L’Assomption.

« En théorie, écrit Bédard, il [Parizeau] n’avait rien pour plaire aux jeunes : il cultivait une certaine distance, vouvoyait ses plus proches collaborateurs, respirait le sérieux et la rigueur. Il n’avait rien du politicien cool et décontracté qui souhaite créer une fausse familiarité dès la première rencontre. À l’ère de la pédagogie du vécu, de l’authenticité à tout prix et des tripes sur la table, il me semblait venir d’un autre âge. Ses références, son humour, ses manières surtout donnaient à voir un homme qui assumait totalement non seulement son âge, mais sa condition de bourgeois. […] Aucun complexe chez cet homme, mais aucun snobisme non plus. Son rire, tonitruant, sa bonhommie pleine de distinction, son respect des arguments que, du haut de vos dix-huit ans, vous lui soumettiez m’avaient complètement conquis. » (1)

On peut difficilement dresser un portrait plus juste.

Parizeau, orateur exceptionnel, m’a convaincue et profondément impressionnée. Sa voix, sa posture, ses longs et fiers silences, toute sa personne semblait participer d’un ambitieux projet : élargir nos perspectives. Chez lui, ni regrets ni honte. Il s’exprimait en homme d’État. Avec le recul, je me demande si je n’ai pas été essentiellement charmée par sa façon absolument franche de nous parler d’argent, de pleins pouvoirs économiques et de politique internationale sans relents de cette honte qui nous a trop longtemps empoisonné l’âme et qui, il faut le dire, nous guette à nouveau.

À la maison, c’est-à-dire pour mes parents, la souveraineté était surtout un engagement communautaire, un profond attachement à notre langue, plus largement à notre culture et à notre imposant et majestueux territoire. Le pays espéré était chanté, célébré. Il était poétique à souhait mais pour moi, à dix-huit ans, encore abstrait. Parizeau m’a fait comprendre que la poésie ne suffit pas à construire un pays réel. Il a ouvert mes perspectives dans la mesure où j’ai saisi que pour arriver à la table des nations, il faut se poser des questions plus pragmatiques, s’interroger sur les moyens et se doter, concrètement, de moyens.

En somme, à la maison, on suivait l’actualité, on avait du plaisir à discuter fort et longuement à table (les Belges, comme les Français, n’ont pas peur de la « chicane »!), mais on parlait peu ou pas d’argent. C’est donc Parizeau qui m’a vivement intéressée à une discipline qui m’était peu familière : l’économie. Et surtout, c’est Parizeau qui a fait de moi une jeune adulte souverainiste convaincue qui, partant de là, allait le demeurer.

C’est bien beau, mais de l’eau a coulé sous les ponts et lorsqu’on fait référence à Parizeau ou au Parti Québécois, aujourd’hui, c’est souvent moins glorieux.

Alors, pourquoi militer au Parti Québécois aujourd’hui?

Pour la justice sociale qu’incarne ma députée préférée et source d’inspiration par excellence, Véronique Hivon?

En grande partie.

Pour nous sortir de l’industrie pétrolière qui nous fait courir de grands risques écologiques? Pour opérer un virage radical en matière de développement durable?

Tout à fait. Mais il y a plus.

Un proche me demandait cet hiver comment j’allais convaincre le monde de voter OUI.

« Quand viendra le temps d’expliquer pourquoi faire l’indépendance, qu’est-ce que tu leur diras? »

Je répondrai : « Pourquoi pas? Qu’est-ce qui nous manque? Collectivement, qu’est-ce qui peut bien nous manquer pour nous gouverner nous-mêmes? Pour prendre toutes nos décisions? C’est ce que je leur dirai! »

C’est un peu court, j’en conviens. Mais c’est pour dire que je m’accorde avec les indépendantistes qui pensent que nous n’avons pas à justifier notre désir d’indépendance. Nous avons déjà tout ce qu’il faut pour contrôler nous-mêmes nos taxes, nos lois, nos traités internationaux, etc.

Mais encore, pourquoi militer?

Pour les belles rencontres et les échanges qui en découlent, pour le plaisir d’animer, de faire de l’éducation populaire, pour prendre soin de notre patrimoine, pour communiquer ma ferveur et pour mille autres raisons.

Mais quand je prends le temps d’écouter mon cœur, quelle est ma réponse?

Fondamentalement, je milite pour mes enfants.

Parce que j’estime qu’il est de mon devoir, comme parent, de les encourager à exercer leur liberté, individuellement et collectivement.

Des années d’études et des lectures m’ont fait voir que la marge de liberté, chez l’être humain, est mince. Nous sommes conditionnés par toutes sortes de choses et influencés de toutes sortes de façon. Mes étudiants, par exemple, préfèrent que je leur explique quoi faire, comment faire ou quoi répondre très spécifiquement à mes questions. Ils sont d’abord désemparés lorsque je les invite à forger leur propre point de vue sur les œuvres littéraires que je leur propose et à travers ça, à forger leur propre vision du monde. Mais je les invite à se faire confiance, à suivre l’exemple de Bérénice, l’héroïne de Ducharme qui, éprise de liberté, va jusqu’à inventer sa propre langue, le « bérénicien », pour se donner un moyen de réfléchir, pour s’assurer de penser par elle-même!

Je milite en espérant que mes enfants, me voyant aller, développent leur curiosité, leur sens critique, le goût de la réflexion qu’un tel engagement suppose et le désir de se gouverner eux-mêmes.

On peut bien se demander en quoi un Québec souverain serait différent du Québec actuel et je pense qu’il importe de nous poser ce genre de question. Mais au bout du compte, il m’apparaît que nous devons tous prendre la pleine responsabilité de nos choix, par un travail d’introspection.

En ce sens, la liberté est une façon d’appréhender le monde, une manière d’être, une disposition intérieure.

C’est ce que je souhaite à mes enfants.

 

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