Considérations du jour sur le sexe, l’amour et le consentement

 

Si je n’avais pas peur d’écrire, qu’écrirais-je aujourd’hui?

Je ferme les yeux, me mets à l’écoute, et laisse la réponse venir…

La réponse vient, monte, s’impose même.

Si je n’avais pas peur d’écrire aujourd’hui, j’écrirais… sur l’amour.

Sur l’amour? Vraiment? Tu as la brillante idée d’écrire sur l’amour un 14 février, jour de la St-Valentin? Tu es bien la première personne à penser à ça! ironise ma peur. Mais qu’est-ce que tu peux bien avoir d’intéressant à écrire sur l’amour? Sans blague, Aïcha, tu sais bien que tout a été dit et redit sur l’amour! C’est sans doute le sujet le plus usé à ce jour.

Fermer à nouveau les yeux, me remettre à l’écoute et laisser venir…

Si je n’avais pas peur d’écrire, qu’écrirais-je aujourd’hui?

Si je n’avais pas peur d’écrire aujourd’hui, je parlerais de sexe, d’amour, de sexe et d’amour; je pense que parlerais du sexe dans l’amour. C’est ça, oui. C’est ce qui me vient.

Tu vas parler publiquement de ta sexualité et de tes amours? rétorque ma peur. C’est vachement délicat…

Le sexe est un sujet délicat, j’en conviens. Spécialement dans la mouvance du #MoiAussi. Ça discute dans les chaumières. Ça brasse fort sur les réseaux sociaux. Qui aurait dit, il n’y a pas si longtemps encore, que les enjeux de consentement enflammeraient ainsi les esprits? Qu’est-ce qu’elles tentent de nous dire, ces petites emmerdeuses de féministes? Pourquoi et comment nous forcent-elles soudain à marcher sur des œufs? À quoi bon? De quel droit viennent-elles tout chambouler? Est-ce que tout allait vraiment de travers, entre les hommes et les femmes? À quoi riment toutes ces remises en question? Est-ce qu’on ne peut plus s’amuser, baiser allègrement, spontanément, la tête tranquille? Qu’est-ce qui change? Qu’est-ce qui est profondément en train de changer?

Les femmes changent. Je change. Les dénonciations publiques m’ont amenée à examiner mon passé sexuel; j’y ai identifié des abus que j’aurais dû dénoncer. Et j’y ai puisé, comme bien des femmes, une résolution, une force nouvelle; à l’avenir, de tels abus ne passeront plus.

Les femmes changent. Je change. Comme c’est intéressant de m’interroger sur la manière dont j’ai accordé ou non, par le passé, mon consentement sexuel! Comme c’est intéressant de m’interroger sur la façon dont je m’y suis prise pour décoder les signes du consentement ou du non-consentement de mes partenaires! Comme c’est riche, par ailleurs, de réfléchir ensemble, hommes et femmes, sur cette notion – bien plus complexe qu’il n’y paraît – de consentement!

« […] pourquoi le corps? Pourquoi le désir? Pourquoi le sexe? », se demandait l’écrivaine Camille Laurens dans son passionnant ouvrage sur les relations hommes-femmes. Ce à quoi elle répondait simplement: « Mais parce que c’est un moyen de faire connaissance. » (1)

C’est aussi mon sentiment.

Consentir, c’est donner son accord (par la parole ou par le corps, ce qui revient au même puisque, comme nous le rappelle Laurens, « les mots font partie du corps, ils en partent et ils y reviennent »(2)) pour faire plus ample « connaissance ».  Consentir, c’est accepter de s’ouvrir à l’autre, c’est s’incarner librement dans un formidable « oui », c’est signifier qu’on a envie d’entrer dans la danse.

« Sans oui, c’est non », « sans consentement, c’est une agression », nous rappelait récemment, à juste titre, la campagne de prévention des violences à caractère sexuel. (3). Les détracteurs de cette campagne, Sophie Durocher en tête, ont râlé :

« On n’en est […] plus à « Sans oui, c’est non ». On en est rendu à « Si tu dis oui, mais que tu penses « peut-être », ou que tu dis oui pour faire plaisir, ou que tu es couçi couça, tu as le droit de porter plainte contre ton vilain agresseur parce que tu viens de te faire violer. […] « Bordel! Je n’ai pas hâte que mon fils soit confronté à ça. » (4)

Mme Durocher, peut-être est-il temps de laisser la caricature aux professionnels du métier? Car je suis prête à parier que la plupart des mamans, dont je suis, ont plutôt perçu les campagnes de sensibilisation que vous évoquez (5) comme de chouettes  occasions de jaser « consentement » avec leurs enfants.

En ce 14 février, jour de la St-Valentin, c’est à d’ailleurs à mes enfants que je souhaite m’adresser. Je voudrais leur dire que…

… l’intimité, c’est  vraiment l’une des plus belles choses au monde!

… le sexe, c’est doux, c’est énergisant, c’est exaltant, et ça te fait sentir vivant!

Mais je souhaite aussi et surtout leur dire que…

… la sexualité, c’est une chose qu’il vaut mieux expérimenter dans l’amour. Du moins pour commencer.

Pourquoi donc?

Parce que la sexualité, comme tout ce qui est profondément humain, comporte sa part d’ombre (les dénonciations du mouvement MoiAussi n’ont pas fini d’en témoigner) et sa part de joie, de lumière. Parce que l’amour (et la confiance mutuelle qui en découle), sans être un rempart absolu,  simplifie, me semble-t-il, le consentement, garantit une part de lumière et nous met à l’abri, par le fait même, de bien des violences sexuelles.

Et parce que faire connaissance, s’ouvrir, danser – bien des gens en conviennent avec moi! – c’est juste vraiment plus l’fun à vivre quand on est amoureux.

 

Notes

1.  LAURENS, Camille. Dans ces bras-là, P.O.L, Paris, 2000, p. 132.

2. Ibid., p. 61.

3. http://www.harcelementsexuel.ca

4. DUROCHER, Sophie. « Ce n’est PAS une agression sexuelle », Journal de Montréal, 12 février 2018.

5. Ibid. 

 

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