JUIN / La mort, l’amour, la vie en 3 extraits choisis par Aïcha

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La mort

«Et dans la cohorte des hommes qui m’entourent se trouvent les médecins, les savants de la santé qui se chargent de mon sexe si généreux de lui-même, qui se donne à la science et aux appareils gynécologiques avec la même légèreté que partout ailleurs, dans le lit avec les clients, geignant sur un divan ou encore me dandinant sur les genoux des professeurs, moi nue sur le dos et regardant le plafond, les jambes ouvertes, les pieds dans leur support en fer blanc, moi presque nue et attendant qu’on s’occupe enfin de moi, de mon cas de folle infectée, et ensuite la gelée, les gants et la froideur de l’inspection, le grattoir et le mot du médecin qui fera apparaître ce qu’il en est de cet endroit que je ne peux imaginer qu’à travers ce qu’en montrent les revues médicales, et là on me dit que tout semble en ordre, que le col de l’utérus ne présente pas d’anomalies, qu’il est peut-être un peu rouge mais sans plus, et ensuite on me demande combien de clients je vois chaque jour, six ou sept, ça dépend des jours et de mon humeur, de ma précieuse endurance à ce qui est contraire à l’instinct, et on me dit que j’aurai les résultats dans une semaine, qu’on me téléphonera si les tests sont positifs et qu’il faudra se revoir dans trois mois, et peut-être croyez-vous que j’en suis soulagée, de la normalité de ma fente de putain qui n’est que légèrement surmenée, les rougeurs en témoignent, eh bien non car à la fin de chaque rendez-vous je demande de bien répéter ce qu’on vient de me dire, soyez honnête monsieur le docteur, comment est-il possible que je sois normale alors que je m’évertue à déclarer que je suis en train de mourir […]. »

Nelly Arcand, Putain, p. 138.

 

L’amour

«Être un homme, être une femme, avoir des enfants : on sait déjà tous que ce ne sera plus jamais comme avant, que nous vivons sur ces enjeux des changements formidables, aussi importants pour l’histoire humaine que n’importe quelle révolution sanglante.»

Nicolas Lévesque, Le Québec vers l’âge adulte, p. 97.

 

La vie 

«On écrit peut-être pour recomposer en soi les morceaux de beauté que l’on a perdus le long de cette histoire de rêves et de chutes, de passages et de soifs qu’est notre vie.

On écrit peut-être pour toucher à cette furie d’éternité qui nous hante, pour retrouver la beauté des ciels que l’on habite, des mers que l’on traverse, pour retrouver les promesses d’enfant que l’on porte comme des châteaux rasés, reconstruits chaque fois dans l’espérance que ce que l’on édifie ainsi tienne bon, une seule fois peut-être. »

Hélène Dorion, Le temps du paysage, p. 20.

 

 

 

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Projet de parrainage d’une famille syrienne à L’Assomption

Après 18 ans d’enseignement, il arrive encore que des collègues de longues date me surprennent!!! Cet hiver, Ariel Franco, professeur de mathématiques d’origine urugoyenne, a lancé un formidable projet de parrainage d’une famille syrienne. Je lui lève mon chapeau!

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Félix Tremblay des Éveilleurs de conscience, Amel Haroud du SAFIMA et Ariel Franco, enseignant de mathématiques au CRLA

Par sa détermination et son enthousiasme contagieux, Ariel a su mobiliser toute notre communauté collégiale dans ce projet un peu fou d’accueil d’une famille syrienne à L’Assomption.

Le projet est mené en collaboration avec l’organisme communautaire SAFIMA qui offre un service d’aide à la famille immigrante de la MRC de L’Assomption dirigé par Mme Amel Haroud.

Ce matin, lors de la conférence de presse, Félix Tremblay, étudiant du CRLA et membre du groupe des Éveilleurs de conscience, nous a livré un texte très touchant sur lequel je vais tenter de mettre la main afin de vous le partager!

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En attendant, je vous invite tous à vous engager solidairement dans cette cause! L’objectif à atteindre le plus rapidement possible est de 21 600 $. Toute la communauté est sollicitée! Vous pouvez me remettre votre don en argent comptant (s’il s’agit d’un tout petit montant – tous les dons sont les bienvenus!) ou par chèque au nom de SAFIMA, je vais ramasser de petites sommes au cours des prochaines semaines, c’est ma façon de contribuer au projet.

Vous pouvez aussi vous adresser directement à Mme Amel Haroud, la coordonnatrice de SAFIMA en passant par le site web de l’organisme : http://www.safima.ca

Soyons généreux! C’est une belle façon de nous mettre « au service de ceux qui subissent l’Histoire», selon la belle expression de Camus!

Bon été!

 

 

 

 

 

 

L’exercice proposé par mon grand-papa (par Malorie Harvey, 11 ans)

Écrire à partir d’une photo, voilà le mandat que m’a lancé mon grand-papa. Et c’est avec plaisir que je le relève aujourd’hui même, à exactement 8 h 39.

«Est-ce possible de m’envoyer quelques lignes (non, pas un roman) pour exprimer ce que cette photo évoque de toi?» a-t-il écrit dans ma messagerie. Je lui ai répondu, pas plus tard qu’hier: «Oui!» Pour moi, ce n’était qu’un petit service que je lui rendais. Mais c’est envoyant la fameuse photo que j’ai cessé de me vanter. Ce «service» comme je le pensais avec prétention, s’avérait plutôt un défi…

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Je dois dire que cette photo est magnifique. La douce mousse qui s’étend dans les coins et recoins de l’arbre, les racines éclairées par la lumière et la majestueuse pousse verte à la gauche de l’objectif sont magiques.

Photo: Grand-papa Frans 

Je veux dire par «magiques» que la nature de la photo est tout simplement impressionnante. Presque impossible. Mais ça m’étonnerait que mon grand-père ait abusé de photoshop pour réaliser cette photo! Peut-être un peu pour masquer les défauts les plus importants, mais sans plus. Plus j’observe la photo, plus je me pose des questions. Serait-ce beau avec un insecte, comme une petite bande de fourmis par-ci par là… ou une fleur à la toute pointe de la plante… Manque-t-il quelque chose… Mais mes questionnements mènent toujours à la même réponse : «Non, Malo. C’est photo est juste parfaite.» Et c’est vrai.

Ce qu’elle m’inspire? Je ne sais pas trop. Rien ne me vient en tête à l’instant. Mais le fond m’intrigue de plus en plus. J’imagine que cet arbre est un arbre parmi d’autres. Une vraie forêt enchantée! Ou alors un simple rondeau ou une minuscule herbe pousse. Oh! Ou même le début du célèbre haricot magique!

C’est drôle que le simple petit coin gauche où l’on voit le fond de la photographie m’inspire tant alors que la lumineuse et rayonnante plante qui attire directement nos yeux ne m’amine pas du tout. Peut-être que c’est le fait de pouvoir tout imaginer à ma façon que j’aime. Que le simple fait de devoir compléter une image à la place de la créer ne m’attire par particulièrement. J’arrive à ajouter, mais pas à compléter.

Maintenant que j’achève mon texte, cela me paraît étrange d’avoir écrit tant de lignes pour une simple photo… Mais je ne me serais pas tant questionnées si mon grand-père ne m’avait pas lancé ce défi! J’ai tout de même pris un malin plaisir à coucher mon inspiration sur le clavier!

Alors, grand-papa? Cet article est réussi… ou pas?

Malorie 😉

 

 

 

Les portes tournantes du sexe et de l’amour

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Photo : Frans Van Dun

« Ce n’est peut-être que par l’amour que l’on revisite notre capacité d’aimer.» 

Hélène Dorion

Ce matin, j’ai une pensée pour tous les parents séparés de mon entourage et spécialement pour les mamans en qui je me suis souvent reconnue, au cours des deux dernières années…

Grande soeur chérie, proches amies, inspirantes collègues, amies de mes amies, connaissances lointaines… je vous ai observées, je vous ai écoutées et avec vous, bien souvent, je me suis interrogée.

Hier soir, je suis tombée sur cette phrase d’un certain Pascal Obispo – «Où est l’amour qu’on nous avait promis?»  – et j’ai pensé amoureusement, je ne suis décidément plus la même.  

En quoi sommes-nous différentes après la séparation du père de nos enfants (ou de leur deuxième mère, c’est selon…)? Qu’est-ce qui a changé? Où sont passées les jeunes femmes qui s’abandonnaient librement au sentiment amoureux?  Pourquoi sommes-nous devenues si tristement réalistes, prudentes, pragmatiques, réfléchies et suspicieuses de l’amour? Pourquoi avançons-nous avec tant de précaution? Par lucidité? Par peur d’avoir mal? Pour ménager nos enfants? Est-ce un simple réflexe de protection après la cassure?

Si l’amour est magie et exaltation, comment l’accueillir à nouveau après l’ultime désenchantement de la dissolution non seulement de cet idéal du couple longue durée, mais aussi et surtout de l’unité familiale qui nous était si chère (ce qui me manque : être témoin des signes de l’amour partagé entre mes enfants et leur père / voir mes enfants heureux en présence de leur papa)?

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Ma fille, petite, et son père

Aujourd’hui, pleinement conscientes de la fragilité de l’amour et de la part d’idéalisation et d’aveuglement des amours débutants (comment ne pas sourire le jour où notre ex nous lance, dans un élan de gentillesse bien senti: «Je suis TELLEMENT plus compatible avec ELLE!!!), nous rencontrons non sans une certaine méfiance, à l’affût de ces fameux signes que nous aurions dû décoder dans le temps! 

Si nous pouvions lire l’avenir dans une boule de cristal! Si seulement les relations intimes et amoureuses venaient avec la garantie que notre confiance ne sera plus bafouée, que la parole donnée ne s’envolera pas et que l’aventure qui un soir nous appelle, sexuelle ou amoureuse ne tournera pas au vinaigre. Bien sûr, une telle garantie n’existe pas… Sans doute faut-il s’en réjouir. L’incertitude et le doute ne font-ils pas partie du plaisir de toute rencontre ou expérience significative?

En ce beau samedi matin, j’en viens à la conclusion qu’entrer dans les portes tournantes du sexe (on a forcément un peu de rattrapage à faire de ce côté au sortir d’une relation longue durée!) et de l’amour, après une séparation, c’est accepter de faire le don d’une part -plus ou moins grande- de liberté à cet(te) autre qui nous intrigue et nous attire…

Les filles, ne soyons pas trop sur nos gardes.

L’amour est un don mutuel et libre qui exige une bonne dose de confiance en l’avenir pour prendre racine.

Et pour qui sait lire entre les lignes en terminant son jogging…

La vie nous réserve parfois de belles surprises!