Malorie Harvey : lauréate du Concours littéraire provincial de St-Ours 2016

HARVEY, Malorie. Il m’a choisi, Concours littéraire provincial de St-Ours,

St-Ours, 2016, 30 p.   ISBN: 978-2-924711-25-5

 

Samedi dernier, ma belle grande fille, Malorie, recevait le 3e prix d’une valeur de 200 $ du Concours littéraire provincial jeunesse de St-Ours pour son tout premier roman, Il m’a choisi, dans la catégorie roman 9-13 ans. 

Je tiens à remercier les nombreux bénévoles du Regroupement littéraire jeunesse pour leur engagement auprès de la relève littéraire! Motivée par ce concours, Malorie, qui lit et écrit depuis de plusieurs années déjà, a trouvé l’énergie de mener un projet littéraire d’envergure (30 pages à son âge, c’est beaucoup!) jusqu’au bout.

Je félicite Malorie pour ses efforts soutenus, je souligne sa persévérance et je l’encourage à écrire toute sa vie dans le plaisir et la détente, comme elle sait si bien le faire!

 

Résumé de l’intrigue

Dominique et Dominic sont de grands complices! La première est une fille sensible alors que le second est un non-voyant très optimiste. Son handicap peut lui apprendre une tonne de choses; il peut s’imaginer un monde intérieur et a la chance de voir le vrai coeur des gens. Mais… le réalisera-t-il? Dominique, qui a des broches depuis peu, saura-t-elle garder la tête haute? Chose certaine, les deux inséparables amis s’entraident pour surmonter leurs épreuves que vous découvrirez dans un touchant journal intime…

***

Extrait du roman 

10 mars

Étrange que c’est Dominique qui perde confiance en elle, qui se fasse insulter, qui doive se faire remonter le moral par son meilleur ami… Avant, c’était moi qui étais dans cet état. Je perdais confiance en moi, je me faisais insulter et Dom devait régulièrement me consoler. C’était à cause de mon handicap.

Moi, je suis passé à travers cette épreuve. Un peu à cause des broches de Dominique, oui, on a arrêté de m’embêter. Mais ce que je veux dire, c’est que peu importe si on m’insulte encore un jour, je ne serai plus atteint par les mots qu’on m’adresse. Je vais être capable de garder la tête haute, sans pleurer pendant des heures, enfermé à double tour dans ma chambre.

Il est évident que mon problème est bien plus compliqué que le sien, car ses broches, elle va les enlever, un jour. Elle aura même de superbes dents. Alors que moi… je vais rester non-voyant toute ma vie.

Donc si je suis capable de passer par-dessus mon problème, eh bien! Dom aussi.

C’est exactement ce que j’ai dit à mon amie hier. La pauvre, elle a encore eu une montée d’émotion.

 

La remise du prix au Salon littéraire du 28 mai dernier  

Photos : Frans Van Dun

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Mai / La mort, l’amour, la vie en trois extraits choisis par Aïcha

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La mort

«De toute façon, il ne peut pas voir ce qui me tue, il ne peut pas le voir même en le lui répétant comme je sais si bien le faire, répéter sans arrêt ni variation jusqu’à ce que ma parole devienne un bourdonnement, une prière que je lui adresse pour exorciser ce quelque chose qui tarde à se passer entre nous, et que pourrait-il se passer exactement, je n’en sais rien, une poignée de mains qui se prolongerait toute une nuit, un baiser qui aurait trop de bouches à offrir, et puis après tout il se peut que m’assister dans ma façon de m’allonger près de lui et de me tenir entre la supplication et l’abdication, il ne peut que tenir bon, pour ceux qui n’ont pas tenu bon, pour ceux qui n’ont pas tenu à moi, et sans doute tient-il bon mais il ne peut rien faire d’autre ou si peu, que constater que je suis malade de dire ce que je dis, et en fait de quoi est-ce que je parle inlassablement, de quoi s’agit-il jour après jour, eh bien je parle de lui peut-être, du seul homme que je voudrais aimer et qui est aussi le seul que je ne peux pas aimer, et si je ne peux pas l’aimer c’est sans doute pour les mêmes raisons qui font de lui un homme digne d’être aimé, un homme à sa place avec sa femme et ses enfants, un homme pour qui je suis une fille et qui ne posera jamais les gestes que tous voudraient poser, un homme sain et équilibré qui ne sera jamais qu’un psychanalyse payé pour tenir bon, et il a certainement décidé qu’un jour un homme sera amoureux de moi et moi de lui, comme si ça allait de soi, comme si l’amour était une fatalité, alors que je le veuille ou non il faudra bien qu’un homme se dresse sur mon chemin pour m’enlever sur son cheval, lui m’entourant de ses bras et moi les pieds dans le vide, moi et lui galopant vers je ne sais quelle union éternelle, et ce sera un homme comme lui sans doute, sain et équilibré, et pourquoi donc le faudrait-il monsieur le psychanalyse, vous savez bien que je n’en voudrai pas de cet homme car je ne veux que ce que je ne peux pas avoir, comme vous par exemple, je vous veux parce que je ne vous aurai jamais, c’est simple et sans issue, c’est désespérément logique, le désir qui ne connaît de réalité que lui-même, et vous voyez bien que je mérite la mort pour cet entêtement de rat qui ne sait pas rebrousser chemin, pour cet acharnement de bestiole aveugle qui finira par crever d’avoir trop avancé, vous verrez bien, je mourrai de ce compromis que je ne veux pas faire, et tant pis pour les hommes sains et équilibrés qui m’aimeront et tant pis pour moi surtout qui en aimerai d’autres, on finit tous par mourir de la discordances de nos amours.»

Nelly Arcand, Putain.

 

 

L’amour 

 

MOI, ELSIE

Paroles : Richard Desjardins
Musique : Pierre Lapointe

Interprète : Élisapie Isaac

 

Paraît que ton contrat achève.

Tu r’prends l’avion à’ fin du mois.

Écoute un peu, je serai brève.

Tu vas m’manquer, pas juste à moi.

 

Comme à ces filles dans les baraques

peuplées à mort dans le désordre

avec des cousins qui les traquent

dans l’garde-robe, au bout d’une corde.

 

Y en a pas une qui se protège

de rêver d’être seule avec toi.

T’es attirant comme un beau piège,

tes lèvres brillent comme un appât.

 

Je veux te dire comment j’me sens.

Je suis vraiment bien avec toi.

T’es fin, t’es doux pis t’es vaillant,

t’as un beau sexe, je l’veux pour moi.

 

Les filles, à soir, font un cortège

pour ramper jusque dans ton lit,

pour commettre le grand sacrilège :

aimer un Blanc, mouiller son nid.

 

Juste y rêver, ça les console,

je te transmets leur gratitude.

Et les aiguilles de leurs boussoles

s’en vont la nuit pointer au sud.

 

Tu te demandes peut-être pourquoi

j’prends pas un homme de ma rivière.

Quand ils s’allongent auprès de moi,

j’ai l’impression qu’ils sont mes frères.

 

Les gars ici n’arrachent beaucoup.

Ils viennent au monde, c’est même banal,

avec une flèche plantée dans l’cou

et quand ils parlent, ça leur fait mal

 

Sont pris dans un capteur de songes.

À la Coop, vas donc savoir,

y achètent de la poudre à mensonge

puis partent à chasse aux idées noires.

 

Quand leurs fusils ont tout vidé,

ils prennent alors nos coeurs pour cibles.

Toi, tu m’as prise sans m’posséder.

On aime un homme quand il est libre.

 

J’sais pas pourquoi, ça m’fait penser :

Peut-être une femme t’attend là-bas.

Comment te dire sans t’offenser

qu’y a rien d’éternel ici-bas.

 

Je sais, parler comme ça, c’pas bon.

Faut m’excuser, je fais d’mon mieux.

Juste pour te dire qu’on fait des ponts

où les rapides sont furieux.

 

Souviens-toi de ce nom : « Elsie »,

Comme du vent doux sur la toundra.

Et si un jour ton coeur choisit,

j’aimerais  tellement qu’il vienne  à moi.

 

Et si jamais c’était le cas,

faut qu’j’aille à Montréal  cet automne.

M’emmèn’rais -tu dans l’boute d’Oka,

voir les couleurs, manger des pommes?

 

Paraît que ton contrat achève.

Tu r’prends l’avion à’fin du mois.

Écoute un peu, je serai brève.

Tu vas m’manquer, pas juste à moi.

Pas juste à moi

 

La vie 

 

«Si on a déjà été victime d’une commotion cérébrale, ou même d’un simple évanouissement, ou plus gravement d’une amnésie temporaire, on a compris pour longtemps que le retour du flux narratif est le signal du retour à la vie. »

Suzanne Jacob, Histoire de s’entendre.