Avril / La mort, l’amour, la vie en trois extraits choisis par Aïcha

cropped-bandeau_blogue_aicha1.jpg

La mort 

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et, quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo

L’amour

«Dans les escaliers de secours, nous nous étions assises afin de terminer la lecture d’un dernier roman. Puis, après la pause, j’avais reçu plusieurs cadeaux, des chocolats, un vase, un chandelier, des dragées, et un autograph book dans lequel chacune se proposa de composer des phrases d’adieu et des poèmes. L’après-midi s’achevant, les élèves désinfectaient les pupitres, nettoyaient les armoires, frottaient les surfaces, le tableau, rangeaient dans les sacs d’école les cahiers, les paquets les paquets de feuilles lignées, les très très vieux articles scolaires, tandis que Hadassa et moi ordonnions les livres dans la bibliothèque. «Toi tu vas revenir l’année prochaine? » me demanda-t-elle à genoux, bras remplis d’albums à classer.

Je venais de refuser un contrat pour l’automne suivant. Pendant neuf mois, cinq jours sur sept, quartier juif hassidique, j’avais partagé le temps avec dix-huit visages de lumière, et un amour de onze ans, extravagant. Je l’avais fait, ce détour dans une vie remplie de détours. J’avais connu Hadassa, onze ans. Au cours de l’été qui venait, elle serait Bat Mitzva, et je ne pouvais rien faire pour retarder le temps où elle passerait au troisième étage, apprendrait à tenir une maison, cuisiner selon des prescriptions strictes, maintenir la pureté lors de ses menstruations. Mon temps d’escale auprès des petites filles d’Israël était achevé. Reprendre la route, le coffre plein à pleurer. Je lui répondis simplement que j’avais besoin d’une pause.

-Une pause parce que tu vas te marier?

– Non, pas encore.

-Qui va ramener pour nous des livres du public library? Qui va acheter les nouveaux schtroumpfs, et les Martine?

Je ne sus réconforter les longs cils qui battaient jusqu’à s’arracher des yeux. Je le contemplai, me rongeant un doigt.

-Moi, je hate que tu pars, fit-elle, dos tourné, fuyant dans les escaliers, ses pas comme des coups de hache dans mon coeur.

Myriam Beaudoin, Hadassa 

La vie 

«La littérature se méfie du romanesque et des héros, elle est ou devrait toujours être du côté de la vie. La littérature doit résister à tous les pouvoirs, y compris à son propre  pouvoir de se substituer à la vie, que ce soit en temps de paix ou de guerre, dans les latrines ou les salles de cours. Comme dit Camus, «l’écrivain par définition ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire: il est au service de ceux qui la subissent.» On connaît les dérives célèbres de certains écrivains engagés (Sartre, Aragon, etc.) qui se sont égarés pour avoir oublié cette règle très simple énoncée par Camus, à savoir que la littérature doit écouter ceux qui ne parlent pas plutôt que de parler pour eux, qu’elle ne doit pas chercher à faire l’histoire, à imposer telle ou telle vision, si généreuse soit-elle, de la société à un moment précis de l’histoire, mais plutôt de travailler à défendre la singularité de chaque être humain qui paradoxalement fonde son universalité, à protéger la petite place que chacun occupe dans l’univers et vers laquelle l’univers converge. »

Yvon Rivard, Aimer, enseigner

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s