JANVIER/ La mort, l’amour, la vie en trois citations choisies par Aïcha

La mort

« Ta belle résolution de l’autre soir est loin, à présent. Tu dois lutter pour ne pas pleurer, pour ne pas t’arrêter là et te coucher sur ce grand lit blanc pour t’endormir dans la lumière. T’endormir. Enfin. Ne plus sentir le poids du bagage, ne plus tirer derrière toi la traîne où s’entasse tout le barda du quotidien. Ne plus suivre quiconque ni être suivie par quiconque. Te laisser aller, toute seule, te laisser emporter par le vertige du printemps et peut-être, une fois coulée avec la neige, t’évaporer. T’envoler, devenir vent à ton tour et faire chanter les arbres, par jeu. Ne plus être que cela, le vent dans les branches. Ce serait si facile. Et si bon.

Il est dur, le chemin, Nosim, il est long et il est plein d’embuches. Et pourtant, le les Nehirowisiw le suivent depuis toujours, ce chemin de Notcimik. Notcimik, là d’où tu viens. Mais aussi, là où tu vas. Là où tu veux aller.

Marche, Nosim. Avance. Suis le Moteskano, la trace laissée par les Ancêtres. Il te conduira à toi-même. Et il se rappellera à toi, ensuite, lorsque la vie de paraîtra comme le rawhatakon et que tu auras le goût de simplement tout arrêter parce que chaque pas te semblera trop lourd. Marche. Lève le menton. N’Est-ce pas que ce soleil est bon? Ouvre un peu ton manteau. Remercie Pisim pour ses chauds rayons, reçois sa bonté porteuse de vie. La gratitude te portera si tu la laisses entrer dans ton cœur. Va. Un pas à la fois. »

Mastisiwin, Marie-Christine Bernard, éditions Stanké, 2015.

L’amour

«J’ai la bouche, le visage, le sexe meurtris. Je ne fais pas l’amour comme un écrivain, c’est-à-dire en me disant que «ça servira» ou avec distance. Je fais l’amour comme si c’était toujours – et pourquoi ne le serait-ce pas- la dernière fois en simple vivante. »

Se perdre, Annie Ernaux, Gallimard, 2011.

La vie

«On se sent vivant lorsqu’on a le sentiment d’être en prise sur les grandes décisions qui marquent notre vie. Vivre, c’est faire ses propres choix, c’est être maître de sa conduite et de son destin. Nous nous sentons vivants lorsque nous avons le sentiment que c’est notre conscience qui dicte la marche que nous suivons. Tout au long de notre vie, nous recevons de l’aide, le soutien et les encouragements d’innombrables personnes. À commencer par nos parents, qui guident nos premiers pas, nos amis qui influencent nos manières de voir, nos professeurs qui structurent notre pensée. Avec un peu de chance, nous croisons un mentor qui inspirera des choix souvent déterminants. Nous ne faisons évidemment pas tout seuls. Pour grandir et nous développer, nous avons besoin des autres, nous sommes tous plus ou moins interdépendants. Dans une certaine mesure, toutes ces personnes nous permettent d’accéder au monde et de mieux comprendre qui nous sommes. Toutefois, aux moments critiques, nous devons sentir que les grands choix qui marqueront notre vie nous appartiennent. Il faut du caractère et une certaine idée de soi pour assumer de tels choix. C’est cependant la seule manière de se sentir vraiment vivant. Arrivé au terme de sa vie, on doit pouvoir se dire : je n’ai pas toujours fait les bons choix, j’ai parfois même erré, blessé des gens, déçu des proches, mais au final, cette vie est celle que j’ai décidé de vivre.»

Années de ferveur – 1987-1995, Éric Bédard, Boréal, 2015.

 

 

 

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