Carnet d’une maman séparée

Je tiendrai, de temps à autre, un modeste carnet.

Parce qu’il y a peut-être quelque chose d’universel dans une séparation qui mérite d’être exploré pour qui aime écrire. N’hésitez pas à réagir. Ensemble, on verra bien.

***

Ce samedi-là (ou l’annonce de la séparation)

C’est avec beaucoup d’émotion que je vous partage ce texte écrit au mois de juin 2014.

Que ma réflexion toute maternelle alimente à tout jamais l’espérance de mes enfants.

Au cours de la dernière année, j’ai médité plus souvent qu’à mon tour. Et pour cause. Mais je ne vais pas élaborer là-dessus. Pas tout de suite. Pas prête. Pour le moment, une seule chose compte : mes enfants. Entourer mes enfants. Les entourer d’amour. De toute évidence, témoigner de cette constante préoccupation ne sera pas de tout repos ; là, tout de suite, alors que je vous écris, l’émotion monte, la peine comprime ma gorge, m’étrangle, et j’ai l’impression d’étouffer.

Time out.

Je vais prendre l’air.

Pas envie de pleurer.

La pause qui devait durer quelques minutes a finalement duré quelques jours.

Est-ce que je redoute la réflexion qui s’impose pour éclairer le présent et me donner un nouveau souffle?

Est-ce que j’ai peur des réponses à mes propres questions?

Ce matin me reviennent les mots bienveillants et tendres d’un message inattendu :

Bonjour, Aïcha

Je viens simplement te souhaiter une bonne semaine. Tu traverses une période de turbulences, il te faut trouver les énergies de résilience. Que ta nouvelle vie soit à l’image du jeune printemps : dans quelques jours, la nature va exploser. Des énergies latentes vont surgir.

Ainsi ta vie. Patience, endurance, résurrection !

xxx Papa

Je suis choyée d’avoir un papa aussi aimant. Et, tiens, tiens… une fillette lève-tôt qui s’invite à l’instant dans mon bureau pour m’offrir… une fleur! Une belle grande fleur rose et un papillon au large sourire sous un soleil en coin. J’accepte son joli dessin. À ma demande, elle l’épingle sur le mur. Ses yeux brillent. Son sourire irradie! Son petit corps de neuf ans vibre. Elle parle. Elle parle. Elle commente son dessin. Les explications fusent et tout à coup la voilà, comme souvent, intarissable! Je n’écoute pas vraiment. Ou plutôt si, j’écoute. J’écoute comme elle parle, ma fille. Avec tout le corps. Avec toute sa personne. Ses paroles m’échappent, c’est vrai, mais leur musique se dépose en lieu sûr, au fond de moi. Je prends le temps de dire «merci». Je dis aussi «je t’aime.», ça vient tout seul, et je laisse la joie circuler librement entre nous.

Puis je lui fais le plus généreux des câlins qu’elle me rend au centuple.

«Moi maman je t’aime plus!».

Et elle repart comblée.

Manifestement, elle se porte bien, ma fille. Très bien même. Mon fils aussi. C’est à n’y rien comprendre. C’est un mystère. Je pensais pourtant leur causer un traumatisme. Je pensais provoquer de déchirantes crises de larmes et de colère. Je croyais les amocher, briser leur vie. Du coup, je ne serais plus la maman toute puissante qui a réponse à tout, la maman paratonnerre qu’ils avaient toujours connue. Je ne les mettrais plus, coûte que coûte, à l’abri des coups durs. Cette fois, nous serions tous les trois exposés. Tous les trois également secoués par la violence de l’orage. Sans compter leur papa. Et puis chacun se relèverait comme il peut, moi y compris, plus ou moins dévasté selon l’ampleur des bourrasques, impossible à prévoir, et leurs inévitables dommages.

Pour tout dire, quelques jours avant l’annonce, je me suis mise à anticiper le pire : désarroi, agressivité, culpabilité, rancune, et j’en passe. J’avais soudain l’impression de plonger mes enfants dans un chaos dont ils ne se remettraient jamais tout à fait. Je m’indignais : «Une mère n’est pas faite pour ça. Aucune mère n’est faite pour ça!» Je me disais : «À partir de maintenant, mes enfants auront des problèmes.» Quelques minutes avant de prendre la parole, morte de peur, j’ai même pensé : «Nous allons hypothéquer leur avenir. Tout ce que nous avons bâti s’effondre. Tout s’écroule.».

Heureusement, je me trompais.

Mais dans ma tête, à ce moment-là, je vous jure, c’était comme si tout le cheminement de la dernière année s’était subitement effacé, comme si mes efforts d’introspection n’avaient servi à rien, comme si je revenais brutalement à la case départ : «Je suis l’adulte, je suis la maman. C’est à moi de renoncer. Toujours. C’est à moi de faire les sacrifices.»

Je suis tout de même allée de l’avant. Parce que ça me semblait juste. Parce qu’en écoutant cette petite voix, à l’intérieure de moi, ça me paraissait toujours la bonne, la seule chose à faire. J’aurais pu attendre. J’aurais pu laisser passer l’été, les vacances, la rentrée scolaire, Noël, et quoi encore? J’y ai songé, bien sûr. Toutes les raisons sont bonnes quand on manque de courage. Et la famille, c’est souvent l’excuse parfaite pour ne plus exister. Mais à un certain moment, mon cinéma intérieur – les scénarios-catastrophes que je me faisais en imaginant la réaction de mes enfants – est devenu si terrifiant qu’il dépassait forcément le réel à venir. J’en ai pris conscience, et j’ai décidé de faire grand saut : R. et moi, nous avons annoncé, en y mettant le plus de douceur et d’amour possible, notre rupture amoureuse à nos enfants.

Ce samedi-là,

Ce samedi-là, je ne peux pas encore en parler.

***

«La glace l’aura retenue prisonnière. Ou encore la fatigue, cette espèce d’accablement inexplicable qui s’abat sur nous, hommes, bêtes et oiseaux, quand ce qui nous attend -la nuit, la migration, l’amour, la survie- nous paraît tout à coup au-dessus de nos forces.»

Robert Lalonde

Le luminaire et moi

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– Tu vois! Tu vois! Tu as dit « on » ! Tu dis tout le temps « on »!

– Et alors?

Il s’emporte.

– Alors IL N’Y A PLUS DE «ON»!!! Va quand même falloir que tu comprennes ça!

Ça se poursuit longuement, mais je n’entends plus. Je suis restée accrochée là…

Je pense… Comme ça, pour toi, il n’y a plus aucune forme de «on».

Je suis sur le cul.

J’ai envie de pleurer.

Dans ma tête, ça ressemble plutôt à… On est encore des parents. On a encore des choses en commun parce qu’on est  toujours responsables des deux plus beaux enfants du monde.

Quelques jours plus tard, un ami m’invite à souper.

On passait toujours l’Halloween dans le quartier des mamans de T. Je veux dire… Je… Je passais toujours l’Halloween dans le quartier des mamans de T. Tu sais quoi, il a raison, il faut que je m’exerce à dire je. Il est joli, ce luminaire. C’est nouveau?

– Nouveau? Non… «on» l’avait avant!

Rires.

Durant le souper, je me surprends à dire «on» à plusieurs reprises en évoquant le passé.

– C’est pas grave… «On»… c’est… le luminaire et toi! s’amuse l’ami.

Rires.

Ouais.

C’est un nouveau départ.

Pour le luminaire et moi.

***

Ce matin, ma chambre est un champ de ruines dont je ne ferai pas de si tôt un jardin. Je ne sais plus rêver. On m’a coupé la langue. On a taillé mes ailes et mes griffes. On a arraché la dernière de mes dents. Mes défenses gisent, quelque part, et les barons de l’ivoire ne seront jamais inquiétés.

Mais la petite va bientôt rentrer, et avec elle, la maison de novembre reprendra les couleurs de l’amour.

***

Tu ne sais plus te tenir sur le seuil. Tu ne sais plus te tenir, toi, la locomotive, le wagon de tête, la grande ourse au grand coeur. Tu ne sais plus tenir quand l’aubergiste au regard fuyant lève le poing pour te chasser du paradis.

***

Il faut ce qu’il faut. Il faut un gâteau des anges digne de la belle disparue. Il faut se lever tôt pour cuire le pain quotidien des beaux jours. Il faut souffler sur les braises de ce feu qui, tôt ou tard, traversera de l’autre côté du décor…

Il faut battre en retrait pour les voir, grandes voiles dehors, nager dans l’eau douce de l’amour partagé.

***

Au retour de l’école.

Fifille : «Maman, j’ai quelqu’un chose de très important à dire. »

Moi: «Oui?»

Fifille: «Je.   silence   T’aime.»

Ouf.

***

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