Je protège mon école publique (allocution du 1er octobre 2015)

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Allocution du 1er octobre, 7 h 30, École primaire Henri-Bourassa et Soleil-de-l’Aube (volet alternatif)

« J’ose croire que l’éducation et le système scolaire sont à la base d’une société saine et se propulsant vers le haut », affirmait le conteur Fred Pellerin, à l’occasion de la chaîne humaine du 1er septembre dernier. Comme Fred Pellerin et des milliers d’autres de parents québécois à travers tout le Québec, ce jeudi matin 1er octobre, c’est avec conviction et enthousiasme que nous, parents et amis de l’école Henri-Bourassa et Soleil-de-l’Aube, nous joignons au mouvement citoyen apolitique « Je protège mon école publique » dont la mission est de dénoncer les compressions budgétaires actuelles dans le système scolaire québécois.

Le mouvement en est à sa 4e manifestation aujourd’hui. Il est né de l’initiative spontanée et indépendante de parents de l’école Saint-Jean-de-Brébeuf de Montréal, mais il a rapidement fait boule de neige, si bien que les revendications d’une poignée de parents autour d’une bonne bière au Pub Rosemont… sont vite devenues les revendications de tous les parents québécois.

illustration de Marianne Dubuc_n[2]

Pourquoi nous sommes-nous déplacés en si grand nombre ce matin?

Parce que nous, parents d’Henri-Bourassa et Soleil-de-l’Aubre, pensons que…

… l’accès à une instruction publique de qualité est un droit fondamental;

… l’éducation est un investissement dans l’avenir qui profite à tous les Québécois;

… les coupures imposées par le gouvernement entraîneront une diminution significative de la qualité des services éducatifs, limitant ainsi le potentiel de la jeunesse québécoise;

Nous sommes réunis ce matin parce que nous croyons que…

… tous les membres du personnel de notre école et spécialement les enseignants de nos enfants, méritent notre appui et notre reconnaissance! S’il nous arrive d’envier les vacances d’été des profs de nos enfants… nous demeurons inconditionnellement admiratifs de leur générosité, de leur patience et de leur engagement auprès de nos jeunes. Nos profs n’ont pas l’habitude de compter leur temps!

… qu’une société responsable est une société qui croit en la démocratie scolaire. Ainsi, à Henri-Bourassa et Soleil-de-l’Aube, nos enfants sont consultés sur l’organisation de la vie scolaire, ils participent au vivre-ensemble à travers des valeurs d’autonomie, de liberté et de responsabilisation.

… la mobilisation est préférable à l’inaction et à l’indifférence;

Certaines personnes, dont le ministre de l’éducation lui-même, ont laissé entendre le 1er septembre dernier que les enfants n’ont pas leur place dans notre mouvement citoyen. Ainsi, selon le ministre Blais, nous serions tous en train d’instrumentaliser nos enfants, de les « utiliser » dans une cause qu’ils ne comprennent pas.

Au contraire, nous pensons…

… qu’il nous appartient d’informer nos enfants sur les enjeux de société;

… qu’il nous appartient de les initier peu à peu à l’implication sociale;

… qu’il nous appartient de leur apprendre à questionner leurs valeurs et leurs idéaux. Dans notre école, la pédagogie repose sur le droit à la liberté d’expression, la participation et la coopération. Et si nous sommes rassemblés ce matin, c’est pour exprimer notre sentiment d’appartenance à notre école.

Selon le ministre Blais qui, questionné par le journaliste Patrice Roy s’exprimait en direct sur les ondes de RDI lundi soir, c’est la faute de certaines commissions scolaires si les enfants reçoivent moins de services. La CSDM vient de couper 68 postes de professionnels. Selon le ministre Blais, ces coupures, dont les enfants font les frais, n’ont rien à voir avec les compressions budgétaires de son gouvernement. Selon lui, les coupures de postes sont plutôt attribuables à des problèmes de gestion de la CSDM.

Ainsi, le gouvernement coupe 1 milliard de dollars en six ans, le gouvernement retranche 350 millions de dollars et 250 postes de professionnels pour l’année scolaire 2015-2016, le gouvernement alourdit la tâche des enseignants en remettant en question le ratio prof-élèves, le gouvernement abolit des postes de conseillers pédagogiques et de directions adjointes, le gouvernement intègre des élèves à besoins particuliers dans des classes régulières sans apporter de soutien additionnel, le gouvernement annonce des compressions dans les services de garde, le gouvernement diminue les sommes allouées à l’aide aux leçons et devoirs, le gouvernement multiplie les critères pour coder les élèves à besoins particuliers…

Mais bien sûr, le gouvernement n’est pas responsable des conséquences de toutes ces coupures!

Selon le ministre Blais, il faut plutôt s’en prendre aux commissions scolaires qui font de «mauvais choix» et ont tout simplement échoué à redéployer leurs services.

Si nous sommes rassemblés ce matin, c’est pour envoyer un message clair au gouvernement.

M. le ministre, nous ne sommes pas dupes. Nous sommes conscients que tous les élèves écopent des compressions en éducation, y compris les élèves qui vont très bien et réussissent avec facilité puisqu’en priorisant la réussite des élèves à besoins particuliers, les enseignants risquent de manquer de temps pour alimenter les élèves qui réussissent bien. Nous, les parents québécois, pensons que tous les élèves ont droit à la disponibilité de leur enseignant.

Pour finir, rappelons, comme le faisait Fred Pellerin à l’occasion de la chaîne humaine du 1er septembre dernier, que « ne rien dire, dans certaines situations, c’est se faire complice de ce qui se passe ».

Ce matin…

… pas question d’être complices d’un gouvernement qui ne prend pas soin des enfants.

… pas question de passer sous silence les compressions budgétaires en éducation.

Ce matin, plusieurs chaînes humaines comme la nôtre se déploient devant plus de 333 écoles primaires et secondaires québécoises!

Tous ces parents s’expriment d’une seule voix pour protéger l’école publique!

Merci!

Aïcha

Comité JPMEP d’Henri Bourassa et Soleil-de-l’Aube
Aïcha Van Dun
Josée Désilets
Anne Bastard
Céline Champagne

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Le premier croque-livres de L’Assomption attend les enfants!

Le premier croque-livres de L’Assomption est lancé! Partez à sa recherche, il se trouve sur la rue De la Valinière, dans le quartier Ruisseau des sources.

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Je vous présente la vaillante équipe qui a rendu ce projet de valorisation de la lecture possible : Aïcha, Malorie, Berthe et Bernard.

Notre croque-livres s’appelle Petite Feuille (du nom d’un charmant personnage dessiné par Mélisandre Lafond dans mon recueil d’allégories de la forêt boréale intitulé Des racines et des ailes, aux Éditions Midi trente).

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Petite Feuille, c’est une petite pousse d’arbre toute mignonne et timide qui espère se faire de nombreux nouveaux amis dans notre quartier, des amis qui l’aideront à devenir un beau grand peuplier aux racines très solides!

Pour grandir, Petite Feuille a besoin de soleil, de pluie, mais surtout de l’amour, de la gentillesse et de la générosité des enfants! Plusieurs enfants et familles du quartier l’ont compris; ils ont déjà fait une visite à Petite Feuille et parfois même un premier don de livres. Ces dons sont essentiels ; ils permettront à Petite Feuille d’assouvir l’appétit de ses petits lecteurs.    

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Je termine en saluant tous nos donateurs dont je publie les noms en guise de remerciements. Notre objectif de financement n’est pas encore atteint… À ce jour, nous avons ramassé 170 $ (sur les 210 $ espérés) mais suffisamment de livres pour démarrer le projet.

Nos donateurs (notre objectif est de 42 donateurs d’un montant de 5 $) :

    • Stéphane Trudelle*
    • Mathieu et Léanne Trudelle*
    • Karine Valentino *
    • Céline Robillard*
    • Frans Van Dun*
    • Jeanne Hamel-Van Dun*
    • La famille Van Dun-Hamel*
    • Richard Harvey  *
    • Aïcha Van Dun  *
    • Isabelle Jutras
    • Robert Dupuis *
    • Julie Martel *
    • Berthe Thivierge *
    • Bernard Souligny *
    • Virginie Carignan *
    • Élaine-Marie Rouleau *
    • Laurianne Daoust *
    • Mélanie Sauvé
    • Hubert Beaulieu *
    • Odette Thivierge *
    • Lorraine (du soccer)
    • Louise Martel (2) *
    • Eugène Vincent *

Gilbert Gagnon *
Marie-Nicole Henri *
Véronique Morel * (2)
Paul Germain * (4)
Ariel Franco
Josianne Rey

Le projet est lancé! Et Petite Feuille n’espère qu’une chose : se créer une belle communauté de petits amoureux de la lecture! Elle attend les enfants!

***

Croque-livres, c’est un réseau québécois de petites boîtes de partage de livres pour enfants (0-12 ans) soutenu par la fondation Lucie et André Chagnon. Les croque-livres sont des points de chute visant à rassembler et à encourager les communautés autour d’un plaisir universel : la lecture!

Pour accéder au réseau croque-livres :  http://croque-livres.ca

SEPTEMBRE / La mort, l’amour, la vie en 3 extraits choisis par Aïcha

Chaque mois, je vous propose une incursion dans ma bibliothèque en espérant vous communiquer ma passion pour la littérature!

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La mort

« – Il faudrait que grand-papa meure, me dit Sam, le plus tranquillement du monde.
– Pourquoi?
– Parce que ce serait mieux pour lui.

Ce ne sont ni les mots ni leur sens qui explosent dans ma tête, car ce sont des mots que j’ai formulés si souvent. C’est le ton, l’absence de passion, la fermeté, le calme. Comme un ministre de l’Intérieur invoque la raison d’État pour supprimer un innocent qui par hasard en sait trop, comme un médecin qui sans consulter, débranche. C’est le joueur d’échecs qui parle.

– Tu veux vraiment tuer mon père?
– Moi, non, t’es fou ou quoi, il me dérange pas. Vous, je sais pas…
– Donc tu ne penses pas ce que tu viens de dire.
– Oui, je le pense. Mais, man, faut par s’énerver, respire par le nez, comme dit maman. Je veux pas lui tirer une balle dans la tête ou lui trancher la gorge ou l’étouffer avec un oreiller. Je veux pas assassiner grand-papa. Je veux juste l’aider à mourir. Ça arrangerait tout le monde, et lui le premier.
– Vous en avez déjà parlé?
– T’es malade! Moi, un p’tit cul, parler de sa propre mort avec mon grand-père! Et toi?

Bien sûr qu’il n’en a jamais parlé avec papa, je me sens idiot, je lui dis et il répond que ce n’est pas grave. On est tous des idiots devant la mort qui s’annonce. Ce n’est pas ce qu’il dit, mais son regard excuse mon manque de jugement et mon désarroi. Silence. Silence qui ne nous gêne ni un ni l’autre, car nous savons que nous réfléchissons ensemble. Que répondre à un ado qui te demande si tu veux tuer ton père? Il faut peser ses mots pour l’autre, bien sûr, mais aussi pour soi. […] Une pensée maintenant évidente me paralyse et me submerge comme ces hautes marées qui effacent le paysage placide de la Baie Paimpol. Sam a raison. Il faut tuer papa. »

Une belle mort
Boréal, 2005
Gil Courtemanche

L’amour

« Estelle prenait une sérieuse option sur la victoire dans cette partie de Scrabble en tête-à-tête. Elliot, qui ne connaissait pas ce mot, n’osa même pas le contester. Le triomphe anticipé d’Estelle la rendait si radieuse et rayonnante que tout recours au dictionnaire aurait gâché ce moment de grâce.

– Tu en prendras une pour célébrer ma victoire! proclamait Estelle.
– Une quoi?
– Une zython, une bière de l’Égypte ancienne, mon cher Elliot.

Il n’avait jamais vu Estelle si chaleureuse et détendue en sa compagnie. La soirée était jeune, blonde et propice.

Ils ne finiraient peut-être pas le travail prévu ce soir-là pour le cours de méthodologie. Allaient-ils seulement l’amorcer?

Elliot rêvait de ce moment depuis mille et une nuits. Jusque-là, ça ne pouvait survenir qu’en songe. Tout au plus, avec résignation, il espérait qu’un rapprochement adviendrait d’ici la fin du millénaire. Et voilà que le brillant corps céleste s’approchait dans son hublot. La délicate phase de l’alunissage commençait sous ses yeux. Il était décontenancé. Il se sentait à la fois fébrile et anxieux; tout comme un ado qui reçoit les clés de la voiture paternelle avant même de l’avoir envisagé.

Elle était là, parfaite, avec son élégance et sa vivacité d’esprit. Elle était juste là, ravie et sans aucune trace de contrefaçon. Le visage pur, ornementé de ses yeux pétillants et de son sourire de trente-deux perles. Elle s’épanouissait parce qu’elle était bien en ce moment, simplement. Et lui, béni des dieux, était le seul public de ce superbe spectacle.

– Bravo Estelle, tu m’impressionnes.
– Ça te décoince ça, hein Elliot?
– …

La porte était ouverte. Il n’avait qu’à la franchir. Plutôt que d’en profiter, il cherchait une réplique supplémentaire afin de continuer sur le chemin déjà tracé. Ses mots étaient soit bloqués dans sa gorge, soit censurés par son cerveau. Pour pallier le silence, il souriait. « Je dois absolument te dire quelque chose», pensait-il.

– Est-ce que tu me donnes une autre chance Estelle, une revanche?
– Quoi? Est-ce vraiment ça que tu veux? lança-t-elle avec un ton moins langoureux.

Évidemment qu’il ne voulait pas rejouer au Scrabble. Déjà qu’il cherchait ses propres mots.

Il fallait rattraper la situation. Il aurait pu, par exemple, lui prendre la main. Il n’avait qu’à étendre le bras. Pour exprimer son désir, le geste aurait plus de sens, plus de chance, que les mots. Mais il était tétanisé. Un prisonnier dans une armure de questionnements et de réponses toutes cérébrales. Pourquoi n’avait-il pas appris à mettre de côté les ordonnances de sa tête? »

Apprivoiser l’équivoque
Publications Saguenay, 2015
Martin Duval

La vie

« Faire un livre est une chose très simple. Il suffit de ne pas vivre. De s’arrêter, d’attendre que les morts sortent de terre, les sentiments de l’oubli, et les vers de la vase. Il suffit de décomposer les images du bonheur pour entendre, derrière le bruit des bouches qui s’embrassent, résonner le murmure des indicibles questions que chacun porte en soi.

Mes génitoires étaient sèches, et il m’avait fallu treize années de vie pour engendrer un avorton difforme mesurant à peine vingt-quatre centimètres de haut et pesant trois modestes kilos quatre cent quatre-vingt dix grammes.

À la même époque, le hasard voulut que je découvre un texte d’Annie Doak Dillard: « Ta liberté  est un sous-produit de la trivialité de tes journées. Un vendeur de chaussures – qui travaille pour autrui, qui doit obéir à deux ou trois patrons, qui doit accomplir ses tâches selon leurs directives et doit se remettre entre leurs mains, dans leur lieu, selon leurs horaires – est néanmoins un travailleur utile. Mieux, si le vendeur de chaussures ne se présente pas à son travail le matin, quelqu’un le remarquera et regrettera son absence. Mais ton manuscrit, que tu entoures de tant de soins, ne répond à nul besoin, à aucun souhait; il t’ignore superbement. Et personne n’a besoin de ton manuscrit. Tout le monde a davantage besoin de chaussures.  Il y a déjà tant de manuscrits dignes d’éloges, très édifiants et émouvants, intelligents et puissants. (… ) Le mot écrit est faible. Beaucoup de gens lui préfèrent la vie. La vie fait courir le sang dans les veines et elle sent bon. » En refermant l’ouvrage de Dillard, je n’avais plus qu’un désir: revenir dans la réalité du monde. Y revenir pour marcher, courir parmi d’autres hommes. Avoir mal aux jambes. Sentir mon cœur battre. »

Si ce livre pouvait me rapprocher de toi
Éditions de l’Olivier, 1999
Jean-Paul Dubois