À mes amis écrivains: les conseils de création de Robert Lalonde

Vendredi dernier, Fifille et moi avons fait une belle escapade aux Correspondances d’Eastman dans les Cantons de l’Est. Nous avons notamment eu le privilège d’assister à la classe de maître d’un géant de la littérature québécoise: Robert Lalonde.

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Fifille et Robert Lalonde dans la salle de conférence du Spa Eastman.

Si vous aimez écrire, je vous invite à méditer ces considérations de Lalonde en matière de création littéraire (en gardant bien évidemment en tête qu’elles sont humblement issues de nos notes de cours forcément incomplètes et imparfaites):

On ne doit pas avoir trop de loisirs quand on s’engage à une publication.

Il y a autant de disciplines de travail qu’il y a d’écrivains. Pour travailler, il faut une routine, une discipline de travail qui nous plaise.

Je garde une page d’une vingtaine de pages que j’écris chaque jour. Il faut développer un shit detector. Si on peine sur une page, c’est bon à rien. Si ce n’est pas bon, on coupe! Quelqu’un en nous sait que ce n’est pas ça. La difficulté à enlever le matériel qui n’est pas bon, c’est un problème qu’il faut absolument régler.

Un écrivain, c’est une personne qui se questionne. Écrire, c’est être témoin de quelque chose et non savoir comment ça fonctionne. Écrire, c’est voir, c’est écouter autour de nous.

Il importe d’obéir à ce qui vient tout en respectant l’idée de départ.

Il importe de nous surprendre nous-même quand on écrit. Il faut laisser le lecteur la patte en l’air au lieu de chercher à conclure son récit.

Un roman est toujours plus que le résumé de son intrigue. Dans l’anecdote d’un roman, il n’y a pas grand chose. « A novel is never what it is about. », affirmait Graham Green.

Nos lecteurs ont du vécu… On oublie quand on écrit que les gens savent… Leur dire des choses qu’ils savent, c’est plate. Il faut faire confiance à nos lecteurs qui ont automatiquement des images. Il importe de pas tenir la main de notre lecteur, de ne pas tout lui expliquer pour ne pas l’exclure de son univers. Arrêtez-vous avant d’expliquer! Dès que ces phrases viennent… stop!

L’écriture de la fiction a beaucoup à voir avec le mystère. Les gens lisent de la fiction pour prendre part à quelque chose de mystérieux…

N’attendez pas d’avoir le temps d’écrire. Mentez pour trouver du temps pour écrire! Ça me fait plaisir de quitter un endroit ennuyant pour écrire. Pour écrire, il faut être délinquant. Je suis un extraordinaire menteur pour trouver du temps pour travailler. Souvent je me pousse, je sacre le camp.

Ne pas faire lire vos trucs à des gens pendant que vous travaillez. Murder. Restez dans votre monde.

Un livre est fini seulement lorsque rien ne peut être ajouté selon nous et non selon les autres [notes de Fifille].

Écrire un roman, c’est se mettre soi-même dans un piège et tenter de s’en sortir.

Il faut toujours se méfier du pathos.

Je suis satisfait si j’ai réussi à faire plus et autrement ce que j’avais en tête.

Un plan? Je prends une centaine de pages de notes. Mais le vrai plan, c’est l’émotion de départ.

Ne surtout pas se prendre au piège de faire comme il faut. L’écriture et la bonne maîtrise du français écrit sont deux choses très différentes. Un jeune enfant peut très bien écrire un texte très intéressant de 200 pages avec beaucoup d’erreurs et un élève de cégep peut écrire un texte sans fautes mais pourri! [notes de Fifille qui interprète les propos de Lalonde à partir de son expérience.]

On n’aime pas qui on est. On n’aime pas plus ce qu’on écrit… À la fin, on se dit Tout ça pour ça. J’ai travaillé deux ans pour ces 140 pages. Y a rien que moi que ça intéresse. Si on a peu d’estime pour notre travail fini, ce qui est intéressant, c’est de travailler.

***

Chers lecteurs, profitez bien de l’été qui s’achève. Pour ma part, j’étire le plaisir en plongeant dans le plus récent ouvrage de Robert Lalonde…

LALONDE, Robert. À l’état sauvage, Boréal, Montréal, 2015, 162 pages.  ISBN: 978-2-7646-2376-3

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