JUILLET / La mort, l’amour, la vie en 3 extraits choisis par Aïcha

Chaque mois, je vous propose une petite incursion dans ma bibliothèque, en espérant vous communiquer ma passion pour la littérature!

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La mort

« Ce matin, sur le boulevard, ma mort marchait à mes côtés, sous les platanes. Comme moi, elle cherchait la fraîcheur. Elle est arrivée sans prévenir: d’un seul coup, je n’avais plus aucune envie de vivre. Cela ne se remarquait pas. Cela n’avait d’ailleurs rien de remarquable. Si on m’avait regardé, on n’aurait vu qu’un homme un peu lourdaud cheminer dans l’ombre des arbres, mettre deux lettres à la poste, puis remonter dans sa voiture et partir déjeuner chez ses parents. Là, nous étions cinq à table: mon père avec, derrière lui, comme un ange fourbu, le désespoir d’être perdu dans le grand âge. Ma mère était seule avec elle-même. Ma mort est restée sur mes genoux pendant tout le repas. On peut très bien ne plus vouloir vivre et manger de la viande et des pommes de terre sautées. Je suis rentré chez moi, je me suis allongé sur le lit. Ma mort semblait aussi accablée que moi par la chaleur. Quelques minutes ont passé. Je me suis levé, j’ai préparé un café et j’ai ouvert un livre de poèmes. De la lumière sortait du livre. Je crois que c’est à cet instant-là que la mort s’en est allée de l’appartement en traversant la porte, sans faire de bruit. »

Christian Bobin, Autoportrait au radiateur

L’amour

«Un matin, je la surpris. C’est-à-dire qu’elle me surprit. La petite rousse était dans la classe, très calme, fouillant dans son pupitre, là-bas. Elle sourit en me voyant et respira une petite fleur qu’elle avait sur son ruban. Je me sentis drôle et si bêtement paralysé. Que dit-on? Que fait-on? Elle s’approcha, me frôla sans bruit comme une chatte en me glissant dans la main une orange tiède. Elle avait les yeux couleur de fond de ruisseau, le même que chez Ludger où j’avais pêché des truites. Une minuscule chaîne d’argent effleurait son cou et disparaissait sous son lourd chignon. Je restai là longtemps, l’orange à la main, ébahi comme devant une toile qui vous lance des invitations à des plages inconnues!»

Félix Leclerc, Pieds nus dans l’aube

La vie

« Ils ne savent pas ce qu’ils vont trouver. Parfois, il se produit une chose extraordinaire. L’année dernière, après un éboulement de terrain, ou l’explosion d’une mine, je ne me souviens pas bien, ils ont trouvé une petite fille de deux ans au fond d’une caverne. Elle chantonnait. Voilà ce qu’ils ont entendu. Une petite fille chantonnait sous la terre, protégée par un mur de roches. Deux jours dans le noir, seule, et elle chantonnait, elle s’exerçait à parler.

La vie est incroyable. »

Élise Turcotte, Le bruit des choses vivantes

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