La pensée positive revisitée par les parents : le recadrage

«Ah! Je n’avais jamais vu ça comme ça!»
La pensée positive revisitée par les parents grâce au recadrage
par Aïcha Van Dun

Ce texte a d’abord été publié sur petitmonde.com puis sur le magazine web destiné à la famille yoopa.ca

Les librairies abondent d’ouvrages sur les bienfaits de la pensée positive. Aussi, chacun sait que la façon de penser d’un individu affecte son humeur. Quand quelqu’un anticipe toujours le pire et carbure de manière chronique à des pensées négatives, sa motivation décline et son dialogue intérieur tourne constamment à la critique ou à l’autocritique. Cela peut entraîner des épisodes dépressifs ou une détérioration de l’image de soi.

Ceci dit, en tant que parent, on ne sait pas toujours comment s’y prendre, concrètement, pour favoriser une bonne estime de soi chez nos enfants. Je vous propose un moyen simple et efficace : le recadrage.

Qu’est-ce que le recadrage?

Le verbe cadrer, lorsqu’il est transitif, signifie «disposer, mettre en place» (dict. Robert). Recadrer signifie donc disposer à nouveau ou remettre quelque chose en place. Autrement dit, en recadrant les pensées négatives de vos enfants, vous amènerez vos enfants à changer leur regard sur eux-mêmes, sur les autres ou sur leur environnement. Un recadrage efficace vous permettra de leur apprendre à outrepasser les limites du cadre de leur raisonnement initial et de transformer, par la même occasion, le vécu émotionnel que vous jugez nuisible à leur estime d’eux-mêmes.

En somme, le recadrage, c’est l’art de transformer la perception qu’une personne se fait de la réalité.

Changer le sens de situations perçues de manière négative

Mathilde, onze ans, a l’habitude de se déprécier lorsqu’elle dessine, bricole ou peint. Récemment en visite chez sa grand-maman, elle exprimait sa déception ainsi face à une peinture, la seconde de la matinée, dont elle était profondément insatisfaite (sa première peinture l’avait déçue à cause des fleurs qu’elle n’avait pas réussi à centrer sur la toile) : «Grand-maman, c’est raté! C’est raté! Regarde, c’est bleu piscine! Le ciel n’est pas bleu piscine! Je ne suis pas bonne en peinture.»

Bien sûr, dans une telle situation, la grand-maman aurait pu enseigner à sa petite-fille comment mélanger les couleurs de manière à obtenir la couleur désirée, un bleu plus conforme à l’idée qu’on se fait généralement du ciel. C’est ce qu’elle a d’ailleurs fait avec tact et amour. Le recadrage de sens lui aurait toutefois sans doute permis d’aller plus loin puisqu’il aurait amené la fillette à percevoir comme un atout ce qu’elle percevait comme un handicap.

Le recadrage du travail artistique de Mathilde aurait pu ressembler à ceci : «Sais-tu, ma belle, que les peintres impressionnistes, dont les tableaux sont aujourd’hui célèbres dans le monde entier, ont d’abord été jugés très sévèrement par les critiques d’art de leur époque? Ces peintres-là étaient si créatifs! Ils avaient décidé, par exemple, de ne pas dessiner d’abord sur leurs toiles pour définir la forme de leurs personnages. Ils peignaient plutôt par petites touches directement sur leurs toiles, ce qui pouvait donner l’impression que leurs personnages n’étaient pas terminés! Tu as peut-être, comme les impressionnistes, le don d’amener les gens à voir les choses autrement! Ton «bleu piscine» est le signe que tu es sensible, créative et pleine d’imagination!»

Dans l’exemple précédent, le recadrage est bonifié par une comparaison. Les exemples qui suivent vous convaincront qu’un simple recadrage de sens permet souvent aux pensées positives de triompher.

Situations considérées comme négatives par l’enfant

«Mon professeur m’a traité de tortue. Il se plaint que je suis toujours le dernier habillé pour aller jouer à l’extérieur.»

«Annabelle m’énerve! Elle me pose cinquante millions de questions sur le déménagement de papa.»

«Elle (petite sœur) prend toujours mes affaires!»

Situations recadrées par le parent

«Ton professeur a la chance de pouvoir compter sur un élève calme pour lui montrer comment déjouer le stress!»

«Annabelle s’intéresse vraiment à toi! Elle veut sûrement s’assurer que tu vis bien le déménagement de ton papa.»

«Elle veut t’imiter parce qu’elle te trouve grande et habile!»

Changer le contexte pour trouver une utilité à un comportement

Guillaume, neuf ans, se sait atteint du déficit d’attention. Il se dévalorise constamment parce qu’il n’arrive pas à terminer les tâches qu’il entreprend. Un soir, en rentrant de son cours de piano, il exprime son désarroi à son père en disant : «Inutile de me payer des cours de piano! J’ai le déficit d’attention! Je suis incapable de me concentrer! Je pars tout le temps dans la lune!»

Partant de l’idée que tout comportement peut avoir une utilité, le papa de Guillaume peut rehausser l’estime de soi de son fils en effectuant ce qu’on appelle un recadrage de contexte, c’est-à-dire en identifiant un contexte où le comportement de Guillaume s’avèrerait utile et approprié. La réponse du papa pourrait alors se formuler comme suit : «Tu as raison, Guillaume, d’affirmer qu’il est parfois difficile pour toi de te concentrer sur les consignes qu’on te donne. En même temps, tu es particulièrement doué pour concentrer ton attention à l’intérieur de toi. Et je suis certain que les grands pianistes ont besoin d’être à l’écoute de ce qui se passe à l’intérieur d’eux-mêmes pour bien interpréter la musique!»

D’autres recadrages de contexte

Comportements perçus de manière négative par l’enfant

«Je suis trop sensible.»

«Maman, tu es toujours pressée.»

«Jérôme (ami de la garderie) crie tout le temps.»

Comportements recadrés par le parent

«C’est vrai que tu es sensible! Cela t’a permis de consoler ta petite sœur hier alors que ton papa et moi n’y arrivions pas!»

«Tu aimes bien que je me presse, la fin de semaine, quand nous nous préparons pour aller patiner!»

«Dis-moi, c’est bien Jérôme qui a crié, la semaine dernière, pour prévenir la gardienne que tu avais la nausée?»

Vous aurez compris, en vous familiarisant avec ces exemples, que pour revaloriser certains comportements de vos enfants, il importe de bien connaître le contexte auquel ils font initialement référence. Demandez-vous en quoi tel comportement est perçu de manière négative par votre enfant, où et quand. Cela vous permettra de viser juste au moment de choisir un nouveau contexte.

Prêts à recadrer?

Ça y est. Je vous ai convaincus de la puissance du recadrage et vous voilà prêts à recadrer la moindre pensée négative de vos enfants! Après tout, pensez-vous, qu’ai-je à perdre à essayer?

Je vous répondrai que le recadrage exige un certain entraînement, le sens de la répartie et une bonne dose d’intuition. Comme le dit Édouard Finn dans Stratégies de communication, «[…] il ne s’agit pas, comme dans Cyrano, de suggérer qu’un long nez peut servir de perchoir aux oiseaux»

1. Évidemment, il ne s’agit pas non plus de se servir du recadrage pour nier la légitimité des émotions de votre enfant. Aussi, avant de vous lancer, pourquoi ne pas vous exercer un peu en recadrant les quelques affirmations qui suivent?

Situations considérées comme négatives par l’enfant

«Grand-papa ne m’a pas téléphoné à mon anniversaire. Il ne s’intéresse pas à moi.»

«Jade (une amie) a préféré passer l’Halloween avec ses cousines. Elle ne m’aime pas.»

«Mon entraîneur de soccer m’a laissé sur le banc pendant vingt minutes! Il me trouve pourri!»

Pouvez-vous recadrer les trois situations précédentes? Si oui, comment?

Comportements perçus de manière négative par l’enfant

«J’oublie toujours tout!»

«Anne-Marie (une camarade de classe) parle vraiment trop!»

«Vincent (un cousin) rit toujours de moi!»

Pouvez-vous recadrer les trois comportements précédents?

Comment savoir si le recadrage proposé a été accepté?

Ultimement, pour savoir si votre recadrage a changé le regard de votre enfant sur lui-même, sur les autres ou sur son environnement pour le mieux, vous observerez des changements dans son non-verbal : rire généreux ou sourire étonné, regard surpris, relâchement musculaire, par exemple. Imaginez un peu votre bonheur quand junior s’exclamera : «Ah! Je n’avais jamais vu ça comme ça!» Et comme les enfants apprennent plus vite que leur ombre, sans tarder il vous surprendra à son tour en flagrant délit… de pensées négatives! Autant voir tout de suite le verre à moitié plein.

Note

1 FINN, Édouard. Stratégies de communication, Éd. de Mortagne, Boucherville, 1989, 296 p.

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