Lettre à mon étudiante

Source : Lettre à mon étudiante

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Lettre à mon étudiante

Belle chouette toute émue, toute chamboulée par les élans de ton coeur,

Tu es venue me trouver à mon bureau, la semaine dernière. « Madame, je voudrais m’excuser d’avoir quitté brusquement votre cours après quelques minutes seulement au dernier cours. Ce n’est pas dans mes habitudes. Ce n’est pas moi, ça. Ça n’allait pas. Ça ne va pas très bien ces temps-ci. Je n’arrive pas à me concentrer. Rien ne va plus. »

Je ne t’ai pas demandé d’emblée ce qui n’allait pas. Je t’ai posé quelques questions pour mesurer l’ampleur du problème… Parfois, quand tout est difficile, on dort mal ou peu, on mange trop peu ou alors on mange trop,… C’est ton cas? « Oui, je ne dors presque pas. » Tu manges bien? Tu manges? « Pas trop, non. » Si tu sens que ce que tu vis prend trop de place, que c’est insoutenable, que ça t’empêche de fonctionner en classe, c’est peut-être une bonne idée d’aller chercher de l’aide. Au cégep, certains services sont offerts : tu peux parler à une infirmière, à une technicienne en travail social , si c’est un enjeu financier, tu peux demander conseil pour chercher de l’aide financière… Tu aimerais que je te montre où se trouvent ces services? « Oui. Je veux bien. » Ok. Ce que je te demande, c’est de t’asseoir en classe et d’assister à mon cours. C’est pas grave si tu n’arrives pas à suivre tout ce que je dis. Aujourd’hui et pour les prochaines semaines, ce que je te demande, c’est simplement de te présenter en classe, juste d’être là. Quand ça ira mieux, on pourra voir ensemble s’il y a des choses à rattraper. Donc, tu t’installes à une table et après le cours, je prendrai le temps de te montrer où se situent les bureaux des personnes ressources que tu pourrais éventuellement consulter. Ça te va? « Oui, ça me va. »

Je donne mon cours. Ça doit lui paraître interminable et ennuyant, mais elle ne se sauve pas. Et à la fin du cours, quand ses camarades quittent la classe, elle reste assise. Je lui souris en ramassant mes affaires. Bientôt, nous sommes seules en classe toutes les deux.

On y va? « Oui, on y va. »

Nous arpentons les couloirs du cégep. Avec l’agrandissement, bien des services ont été relocalisés. Je cherche un peu… Nous descendons les escaliers. Voilà. Aile F. Nous y sommes.

C’est ici. Les bureaux sont présentement fermés parce qu’il est 18 h 15. Mais si tu reviens demain, tu trouveras quelqu’un ici pour t’écouter et t’orienter vers les bons services pour toi. Pour démêler ce qui ne va pas. Parler du problème avec une personne qualifiée, ça va sûrement t’aider à découvrir par quel bout prendre le problème. Quoi prioriser pour que ça aille mieux. Ça te va? « Oui. »

Ça lui va, qu’elle dit, mais ses yeux se remplissent de larmes et elle se met à pleurer…

« L’autre jour, quand je suis sortie de votre cours, c’est parce que je venais d’apprendre que mon chum m’a trompée. »

Ouais.

Je pense à mes enfants qui m’attendent pour souper. Je me dis que je ne suis pas prête d’arriver, mais je décide de prendre le temps. Le temps qu’il faut pour l’écouter.

« En plus, il est ami avec mes amis! »

Je vois. C’est pas facile, l’amour, encore moins à l’époque des réseaux sociaux. Tu sais s’il est en ligne. S’il a pris ton message, à quelle heure il a pris ton message, s’il ne répond pas, c’est qu’il choisit de t’ignorer, tu es triste, tu te sens comme une merde, à moins que ce soit de la colère, tu lui en veux, oui, tu lui en veux d’avoir brisé ta confiance, tu voudrais rire de la mauvaise blague toi aussi, tu voudrais te réveiller de ce cauchemar, tu voudrais être capable d’en rire au lieu d’en pleurer, il faudrait pouvoir en rire avec tes chums de filles, et peut-être même lui rendre la monnaie de sa pièce, mais tu n’as pas envie de rire, et tu n’as pas vraiment envie de lui rendre la monnaie de sa pièce, tu l’aimes, c’est vrai et c’est tout simple, tu te sens lâchée, tu te sens comme une merde.

« Ce que je sais, c’est que je ne veux pas lâcher l’école. Je ne veux pas lui faire ce cadeau- là. »

Génial. Contente d’entendre ça. Tu te sens peut-être comme une merde, mais tu as de bons réflexes, petite.

Je ne sais plus très bien quoi lui dire pour l’encourager. Elle reste plantée là, les yeux dans l’eau.

Je la regarde, à travers elle, je retrouve des visages: d’anciennes élèves, des connaissances, des amies, mes grandes amies, mes soeurs. Nous sommes toutes passées par là. Nous passons toutes par là. Crisse que ça fait mal.

Je lui souris. Je m’approche et je pose doucement ma main sur son avant-bras.

Ça ira mieux demain.

Déjà un peu mieux demain.

D’habitude, mes interventions s’arrêtent là. Je laisse quelques jours passer et je fais un petit suivi. Le sourire revient généralement assez vite.

Ce jour-là, comme pour moi-même, j’en rajoute une couche.

Entoure-toi des gens que tu aimes et en qui tu as confiance. Pendant un certain temps, entoure-toi le plus souvent possible de ces personnes-là.  Fais ce que tu aimes. Fais ce que tu aimes le plus souvent possible. Fais ce qui te fait du bien. C’est différent pour chacun. Moi, par exemple, j’aime rouler en voiture en écoutant de la musique. Sans destination. Juste le vent qui remplit l’habitacle. La musique, le vent et la route. Ça me fait du bien. Mais toi, tu n’as peut-être pas de voiture, peut-être pas d’argent pour gaspiller de l’essence dans un petit road trip comme ça. Peut-être que ça te fait du bien de prendre un bain chaud, de manger du chocolat, de marcher au bord de l’eau, de regarder un film sans le regarder vraiment. C’est toi qui sait. Si tu n’arrives pas à manger, tu te rends à la pharmacie et tu t’achètes des boissons protéinées et tu les bois tranquillement, à petites gorgées, au fil de la journée. C’est mieux que de ne rien manger. Tu t’armes de patience. Tu puises dans tes réserves de patience. Quand ça brûle, ici, quand ta gorge se serre, quand le hamster tourne dans ta tête, tu fais juste ce qu’il faut pour traverser la journée. Tu prends ça une journée à la fois. Tu fais ce que tu as à faire aujourd’hui. Si c’est encore trop, tu prends ça une heure, une minute à la fois. Tu endures. Si tu dors mal, tu ne paniques pas. Tu dormiras le lendemain. Ton corps sait comment récupérer. Fais confiance à ton corps; il sait et il va récupérer. C’est juste une question de temps. 

Nous marchons vers la sortie.

Ça va, ma belle.

Ça ira. 

« Le monde est une triste boutique, disait notre ami belge Julos Beaucarne. Les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir. Il faut reboiser l’âme humaine. »

C’est juste une question de temps. 

Photo papillon papa

Littérature québécoise et cinéma

Les années passent, déjà presque vingt que j’enseigne la littérature au collégial, pour garder la passion du métier, il faut savoir se renouveler!

Cette année, je compte explorer, avec mes étudiants du cours 601-103 – Littérature québécoise, les relations entre la littérature québécoise et le cinéma. Pour débuter, j’ai dressé une liste des oeuvres littéraires québécoises adaptées au cinéma. Il me fait plaisir de partager le résultat de mes recherches de l’été avec vous! Qui sait, vous aurez peut-être le goût, comme moi, de revisiter quelques classiques, littéraires ou cinématographiques!

N’hésitez pas à m’écrire pour signaler un oubli ou une erreur. Cette liste sera régulièrement mise à jour! Mais surtout, je suis curieuse de connaître vos coups de coeur!

Aïcha

Oeuvres adaptées photo

Liste d’œuvres littéraires québécoises adaptées au cinéma

601-103 Littérature québécoise

Aïcha Van DUn

Cégep régional de Lanaudière à L’Assomption

 

 

ARCAND, Nelly. Putain, Seuil, Paris, 2001, 186 p.

Genre : roman

 

Film Réalisatrice Année
Nelly (film biographique) Anne Émond 2016

 

 

BEAUGRAND, Honoré. La chasse-galerie et autres récits, Boréal compact, Montréal, 2002, 192 p.

Genre : légende

 

Ce volume reprend la version écrite par Honoré Beaugrand en 1900 ainsi que les illustrations qui ornaient l’édition originale, signées Henri Julien, Henry Sandham et Raoul Barré.

Film Réalisateur Année
La chasse-galerie Jean-Philippe Duval 2016

 

 

BEAUCHEMIN, Yves. Le Matou, Québec Amérique, 2002.  Épuisé.

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Le Matou Jean Beaudin 1985

 

 

BIENVENU, Sophie. Et au pire on se mariera, La mèche, Montréal, 2011.

Genre : roman

 

Film Réalisatrice Année
Et au pire on se mariera Léa Pool 2017

 

 

BLAIS, Marie-Claire. La belle bête, Boréal compact, Montréal, 1991.

Première publication : 1958

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
La belle bête Karim Hussein 2006

 

 

BLAIS, Marie-Claire. Le sourd dans la ville, Boréal, Montréal, 1996, 192 p.

Première publication : 1980

Genre : roman

 

 

Film Réalisatrice Année
Le sourd dans la ville Mireille Dansereau 1987

 

 

BOUCHARD, Michel Marc. Les muses orphelines, Leméac, Montréal, 1989,

84 p.

Genre : théâtre

 

Film Réalisateur Année
Les muses orphelines Robert Favreau 2000

 

 

BOUCHARD, Michel Marc. Les grandes chaleurs, Leméac, Montréal, 1993,

98 p.

Première représentation : 1988

Genre : théâtre

 

Film Réalisatrice Année
Les grandes chaleurs Sophie Lorrain 2009

 

BOUCHARD, Michel Marc. Tom à la ferme, Leméac, Montréal, 2011, 80 p.

Première représentation : 2011

Genre : théâtre

 

Film Réalisateur Année
Tom à la ferme Xavier Dolan 2013

 

 

BOUCHARD, Michel Marc. Christine, la reine-garçon, Leméac, Montréal, 2013, 96 p.

Première représentation : 2012

Genre : théâtre

 

Film Réalisateur Année
The Girl King Mika Kaurismäki (coproduction : Finlande, Suède, Allemagne et Canada) 2016

 

 

COURTEMANCHE, Gilles. Un dimanche à la piscine à Kigali, Boréal, Montréal, 2000, 288 p.

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Un dimanche à la piscine à Kigali Robert Favreau 2006

 

 

COURTEMANCHE, Gilles. Une belle mort, Boréal, Montréal, 2005, 216 p.

Genre : roman

 

Film Réalisatrice Année
La dernière fugue Léa Pool 2010

 

DE LA CHENELIÈRE, Évelyne. Bashir Lazar, Leméac, Montréal, 2011, 48 p.
Première représentation : 2002

Genre : théâtre

 

Film Réalisateur Année
Monsieur Lazhar Philippe Falardeau 2011

 

DUBOIS, René-Daniel. Being at home with Claude, Leméac, Montréal, 1986.

Première représentation : 1985

Genre : théâtre

 

Film Réalisateur Année
Seul, avec Claude Jean Beaudin 1992

 

FERRON, Jacques. L’Amélanchier, Typo, Montréal, 2014, 192 p.

Première publication : 1970

Genre : conte / récit

 

Film Réalisateur Année
Tinamer Jean-Guy Noël 1987

 

FOURNIER, Claude. Les tisserands du pouvoir, Libre expression, Montréal, 2010, 528 p.

Première publication : 1988

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Les tisserands du pouvoir Claude Fournier 1988

 

GRIGNON, Claude-Henri. Un homme et son péché, Stanké, Montréal, 2008.

Première publication : 1933

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Un homme et son péché Charles Binamé 2002

 

GUÈVREMONT, Germaine. Le Survenant, Fides, Montréal, 2012, 224 p.

Première publication : 1945

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Le Survenant Érik Canuel 2005

 

HÉBERT, Anne. Le torrent, Bibliothèque québécoise, Montréal, 2012.

Première publication : 1945

Genre : nouvelle

 

Film Réalisateur Année
Le torrent Simon Lavoie 2012

 

HÉBERT, Anne. Les fous de Bassan, Seuil, Paris, 1998, 249 p.

Première publication : 1982

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Les fous de Bassan Yves Simoneau 1986

 

HÉBERT, Anne. Kamouraska, Seuil, Paris, 1997, 245 p.

Première publication : 1970

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Kamouraska Claude Jutra 1973

 

HÉBERT, Bruno. C’est pas moi, je le jure, Boréal, Montréal, 2000, 200 p.

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
C’est pas moi, je le jure   Philippe Falardeau 2008

 

HÉMON, Louis. Maria Chapdelaine, Bibliothèque québécoise, Montréal, 1990.

Première publication : 1913

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Maria Chapdelaine Gilles Carle 1983

 

LABRÈCHE, Marie-Sissi, Borderline, Boréal, Montréal, 2003, 170 p.

Genre : roman

 

Film Réalisatrice Année
Borderline Lyne Charlebois 2007

 

LALONDE, Robert. C’est le cœur qui meurt en dernier, Boréal, Montréal, 2013,

168 p.

Genre : récit

 

Film Réalisateur Année
C’est le cœur qui meurt en dernier Alexis Durand-Brault 2017

LANGEVIN, André. Poussière sur la ville, Boréal, Montréal, 2014, 236 p.

Première publication : 1953

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Poussière sur la ville Arthur Lamothe 1968

 

LAFERRIÈRE, Dany. Comment faire l’amour avec un noir sans se fatiguer, Typo, Montréal, 2010.

Première publication : 1985

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer Jacques W. Benoit 1989

 

LAFERRIÈRE, Dany. Le goût de jeunes filles, Gallimard, Folio, Paris, 2007, 1992, 400 p.

Première publication : 1992 / Nouvelle version augmentée : 2004

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Le goût des jeunes filles John L’Écuyer 2004

 

 LECLERC, Félix. Pieds nus dans l’aube, Fides, Anjou, 2013, 240 p.

Première publication : 1947

Genre : roman d’apprentissage

 

Film Réalisateur Année
Pieds nus dans l’aube Francis Leclerc 2017

LEPAGE, Robert. La face cachée de la lune, L’instant même / Ex Machina, Québec, 2007, 84 p.

Première représentation : 2000

Genre : théâtre

 

Film Réalisateur Année
La face cachée de la lune Robert Lepage 2003

 

LEMELIN, Roger. Les Plouffe, Stanké, Montréal, 2008.

Première publication : 1948

Genre : roman

 

Films Réalisateurs Années
Les Plouffe

Le crime d’Ovide Plouffe

Gilles Carle

Denys Arcand

 

1981

1984

 

 MOUAWAD, Wajdi. Littoral, Actes Sud, Paris, 2007.

Première représentation : 1997

Genre : théâtre

 

Film Réalisateur Année
Littoral Wajdi Mouawad 2004

  

MOUAWAD, Wajdi. Incendies, Léméac, Montréal, 2015, 176 p.

Première représentation : 2003.

Genre : théâtre

 

Film Réalisateur Année
Incendies Denis Villeneuve 2010

 

NELLIGAN, Émile. Poésies complètes, Fides, Anjou, 2013.

Première publication : 1904

Genre : poésie

 

Film Réalisateur Année
Nelligan (film biographique)   Robert Favreau 1991

 

PELLERIN, Fred. Il faut prendre le taureau par les contes, Planète rebelle, Montréal, 2003.

Genre : conte

 

Film Réalisateur Année
Babine Luc Picard 2008

 

PELLERIN, Fred. Comme une odeur de muscles, Planète rebelle, Montréal, 2005.

Genre : conte

 

Film Réalisateur Année
Ésimésac Luc Picard 2012

 

PETROWSKI, Nathalie. Maman last call, Boréal, Montréal, 1995, 144 p.

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Maman last call François Bouvier 2005

 

PROULX, Monique. Le sexe des étoiles, Québec Amérique, Montréal, 2015, 293 p.

Première publication : 1987

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Le sexe des étoiles Paule Baillargeon 1993

 

RABAGLIATI, Michel. Paul à Québec, Pastèque, Montréal, 2011, 192 p.

Genre : bande dessinée (Paul à Québec s’inscrit dans une vaste série)

 

Film Réalisateur Année
Paul à Québec François Bouvier 2015

 

ROY, Gabrielle. Bonheur d’occasion, Boréal, Montréal, 2009, 466 p.

Première publication : 1945

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Bonheur d’occasion Claude Fournier 1983

 

SÉNÉCAL, Patrick, Sur le seuil, Alire, Lévis, 1998.

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Sur le seuil Éric Tessier 2003

  

SÉNÉCAL, Patrick, Les sept jours du Talion, Alire, Lévis, 2002.

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
Les sept jours du Talion Podz 2010

 

 SÉNÉCAL, Patrick. 5150, rue des Ormes, Alire, Lévis, 2011.

Genre : roman

 

Film Réalisateur Année
5150, rue des Ormes Éric Tessier 2009

 

TREMBLAY, Michel. C’ta ton tour, Laura Cadieux, Bibliothèque Québécoise, Montréal, 1997, 150 p.

Première publication : 1973

Genre : roman

 

Film Réalisatrice Année
C’ta ton tour, Laura Cadieux

 

Laura Cadieux…la suite

Denise Filiatrault

 

 

Denise Filiatrault

1998

 

 

1999

 

 

 

 

 

Entre! Et fais comme chez toi!

« L’hospitalité est la vertu d’une belle âme qui tient à tout

l’univers par les liens de l’humanité. « 


Francis Bacon, Essais, 1625

Parmi les expériences les plus désagréables qu’on puisse vivre dans la vie : se cogner le nez à une porte fermée, au sens propre comme au sens figuré. Particulièrement au figuré. Mise à pied brutale, candidature rejetée, congédiement amoureux, refus catégorique, réplique cinglante, décision irrévocable, virage à 180 degrés. Nous avons tous déjà reçu un verdict sans appel.

« J’ai changé d’idée, dira-t-il. C’est comme ça. Je ne te donne pas le choix. »

Tristesse. Colère. Déception. Sentiment d’impuissance.

Et incrédulité.

On tombe littéralement des nues.

Quoi? Mais comment est-ce possible? J’ai fait tout ce chemin, j’ai investi tous ces efforts, j’ai nourri tous ces espoirs strictement pour rien?

Oui madame.

Il faut du temps pour se remettre. Dans certains cas, on ne se remet jamais entièrement. On apprend juste à « vivre avec ». À « faire avec ». À notre personnalité s’ajoute une nouvelle couleur ou dimension: la mélancolie. À moins que ce soit une ombre. Une ombre au tableau de notre vie ; un rejet qu’on n’a jamais vraiment avalé.

Heureusement, au sommet des expériences les plus agréables qu’on puisse vivre se trouve une chose absolument essentielle :

l’accueil.

C’est à ça que j’ai pensé longuement en me réveillant ce matin.  À l’accueil. Sous toutes ses formes. J’ai pensé… Il n’y a pas grand chose de plus beau et de plus grand que l’expérience humaine de l’accueil.

Un sourire, un clin d’oeil complice, un geste tendre, une oreille attentive, un regard doux, un coup de main, une facture qu’on nous dérobe pour faire plaisir, un silence enveloppant, une invitation spontanée!

Entre! Mais entre, voyons! Ici, tu es toujours la bienvenue! Le frigo est plein! Tu prends ce que tu veux. 

Ce matin, en me réveillant, j’ai eu envie de remercier toutes les personnes qui, comme autant de portes ouvertes dans ma vie, m’ont tout simplement accueillie avec confiance.

Aimer, c’est quelque chose comme…

tu es chez toi chez moi

Carnet d’écrivain

« J’ai déjà lu, je ne sais où, qu’à ceux qui lui demandaient comment
il faisait pour trouver sa musique, Jean-Sébastien Bach
répondait que l’important n’était pas tant de la trouver que de
ne pas la piétiner en sautant du lit le matin. »

Francine Chicoine

 

« Ne crains pas les courbes ni les tournants. Ils te mèneront vers un nouvel Orient, là où le soleil se lève. », m’a écrit papa, en juin dernier. ! « La rivière contourne les obstacles en méandres. Ça fait aussi sa beauté. »

Ne crains rien, je suis là.

L’expérience humaine ne serait-elle pas, au final, d’une désarmante simplicité: un être qu’on aime, un proche, une maman, une amie, un amoureux, des collègues et des amis bienveillants qui te surprennent un jour; ils sont là, tout bonnement présents au moment où ça compte. Ça passe par un mot, un regard, un geste. Ou un sourire.

Parfois, le courant passe à travers le tout petit fil d’un instant. Un éclat de rire. Un silence complice. Une marque d’affection, de confiance ou de reconnaissance qu’on n’attendait pas. Ta coiffeuse te prépare un bon café bien chaud. Des amis prennent ta facture en catimini. Une étudiante se confie.

D’autres fois, l’amour est ce géant qui te prend, te chavire et te soulève avec force.

« Tu as fait toute cette route pour venir me dire adieu! » s’est exclamé papi Raoul en m’ouvrant largement ses bras de son lit d’hôpital, deux ou trois jours avant de mourir. Une dernière vraie rencontre pleine de tendresse. Les grands bras en croix de papi Raoul qui t’enlacent pour la toute dernière fois. Papi qui t’embrasse et embrasse sa fin de vie en même temps. C’est pas tous les jours qu’on vit ça.

Cette semaine, je ne sais pas pourquoi, j’ai repensé à de mon enseignante de 5e année. À L’Assomption, d’autres que moi s’en souviennent sûrement aussi.

Elle s’appelait Reina Lacombe.

Reina, si je me souviens d’elle, c’est parce qu’elle nous enseignait avec coeur.

Rien que ça. Aussi simple que ça.

Pédagogie de l’amour.

 

Devenir une enseignante plus « alternative », en 2017, peut-être que ça pourrait vouloir dire ça…

Enseigner avec plus d’amour.

 

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Séparation / Divorce Mémoire blessée, mémoire qui efface?

Dans un ouvrage intitulé Aimer, perdre et grandir (éditions Novalis, 2004), Jean Montbourquette, prêtre oblat et psychologue spécialiste du deuil, présente les similitudes et les différences entre …

Source : Séparation / Divorce Mémoire blessée, mémoire qui efface?

Séparation / Divorce Mémoire blessée, mémoire qui efface?

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Photographie : Frans Van Dun

Dans un ouvrage intitulé Aimer, perdre et grandir (éditions Novalis, 2004), Jean Montbourquette, prêtre oblat et psychologue spécialiste du deuil, présente les similitudes et les différences entre la perte d’un être aimé que la mort a emporté et la perte d’un être vivant vécue par divorce ou séparation. Dans les deux cas, la perte cause une profonde fracture dont on ne se remet pas aisément. Il en faut du temps pour cicatriser les plaies vives d’un deuil.

Si le décès crée une perte cruelle, définitive et irréversible, explique Montbourquette, le divorce – particulièrement s’il implique des enfants – force les ex-époux à se voir, les force à communiquer et à négocier malgré la colère qui gronde ou la tristesse qui les habite toujours et les transactions se multiplient en dépit de ce besoin viscéral qui s’impose en situation de crise amoureuse : prendre ses distances, voire couper franchement les ponts avec l’autre, cet ex qu’on tient responsable de tous les maux.

Faire équipe pour les enfants, quand la seule chose qu’on voudrait c’est tirer un trait définitif sur le passé, repartir à zéro, « refaire » sa vie avec quelqu’un d’autre quand on est habité par un besoin impérieux de voir son ex s’éclipser à tout jamais, c’est tout un contrat. Il faut pourtant s’y atteler, car rejeter son ex-conjoint, le diaboliser ou le critiquer indûment, caricaturer ses années de mariage en ne retenant que le négatif, se représenter tout le passé conjugal comme une sorte de « Grande Noirceur », ça revient à nier l’autre, à nier les années d’union, y compris dans leurs dimensions joyeuses et positives dont les interactions communes avec les enfants ont fait partie.

Montbourquette écrit qu’à la mort d’un conjoint, « on a tendance à idéaliser les qualités du défunt ainsi que les beaux moments vécus ensemble », alors qu’après une séparation, on est plutôt porté, au contraire, à « surfaire les défauts de l’ex et à se remémorer les moments pénibles de la vie commune » (Aimer, perdre et grandir, p.19). Voilà qui est intéressant. Amplifier les défauts de l’autre, formuler des critiques et des reproches à n’en plus finir, monter le ton, durcir la voix, ruminer de sombres souvenirs s’avère donc un réflexe normal ; sortant d’une séparation douloureuse, on a la mémoire blessée. Gravement blessée.

Ceci dit, le danger, me semble-t-il, c’est d’en arriver à faire son nouveau nid dans une sorte de mépris du passé. Le danger, c’est de feuilleter strictement les pages noires des années partagées au point d’en oublier les pages honorables et les souvenirs heureux. Au point d’avoir honte de ce que l’on a été. Le danger, s’il en est un, quand la mémoire blessée nous aveugle, quand elle sape en nous toute forme de bienveillance ou de gratitude envers notre ex-partenaire de vie qui reste pourtant le co-parent de nos enfants, le danger quand la mémoire blessée prend toute la place, c’est le reniement de soi. Impossible alors -et c’est là un bien étrange paradoxe -d’aller de l’avant, d’avancer comme on l’espère tant. Nous voilà ralentis, fragilisés parce qu’affublés de ce qu’on pourrait  désigner comme une « part manquante » (l’expression est de Christian Bobin) en soi, c’est-à-dire au coeur de notre identité.

On s’entend pour dire qu’il importe d’offrir une famille aux enfants malgré la séparation. Après tout, ils n’y sont pour rien et ont besoin, pour grandir en paix, que leurs parents se concertent, coopèrent et retrouvent l’équilibre. Comment y parvenir? Ce n’est pas une mince affaire quand on constate que chaque interaction entre les parents « a pour effet de raviver la plaie qui était en train de cicatriser » (Aimer, perdre et grandir, p. 18).

L’historien Éric Bédard, récemment interrogé dans le cadre de l’émission Église en sortie sur le thème de la guérison de la mémoire m’a lancée, sans le savoir, sur une piste de réponse. Dans l’entretien auquel je fais référence, la réflexion de l’historien n’a rien à voir avec les suites d’un divorce. Enfin si, mais indirectement (ou symboliquement?) et d’un point de vue collectif plutôt qu’individuel, car le « divorce » dont il est question, celui des Québécois avec l’Église catholique, a lui aussi engendré une sérieuse « fracture ». Lorsque l’animateur d’Église en sortie, Francis Denis, demande à Éric Bédard « Comment sortir de l’impasse [dans laquelle les Québécois se trouvent]? », voici la réponse que l’historien fournit :

 » Pour sortir de l’impasse, il faut se donner le droit d’inventaire. Si on veut avoir un rapport plus sain avec le passé – notamment catholique- il faut savoir distinguer le bon grain de l’ivraie et reconnaître qu’il y a une part sombre mais qu’il y a peut-être une part lumineuse [dans notre héritage catholique ] et qu’elle peut nous inspirer aujourd’hui.  »  (Église en sortie, 23 septembre 2016)

Je ne veux surtout pas dénaturer les propos d’Éric Bédard, mais il me semble que l’ensemble de sa réflexion sur le rapport des Québécois à leur passé catholique se transpose dans la sphère privée et peut, dans un tout autre contexte qui est celui d’une fracture entre deux ex-époux, alimenter notre réflexion de parents. Ainsi, après l’avoir écouté, il me paraît d’autant plus indispensable, si l’on souhaite faire équipe avec notre ex-conjoint dans l’éducation des enfants, de travailler à bâtir une « mémoire renouvelée » en prenant conscience du besoin de continuité des enfants.

On l’a compris, une « mémoire blessée » empêche de voir le positif. Elle efface les souvenirs heureux passés ou du moins réduit l’accès aux pages lumineuses de la famille unie que nous formions avant la séparation. Or pour se forger une identité solide, les enfants doivent connaître et assumer leurs racines, comprendre leur héritage et surtout avoir facilement accès aux pages heureuses de leur histoire familiale. Ils doivent pouvoir parler librement du passé en présence de leurs deux parents (pas seulement en alternance avec l’un, puis avec l’autre) et questionner sans peur l’époque où leurs parents formaient un couple heureux. Je me souviens avoir reçu, peu de temps après ma séparation, une question fort touchante qui allait en ce sens : « Maman, je sais que papa et toi vous n’êtes plus des amoureux… Mais est-ce que quand vous m’avez fait, vous vous aimiez?  » Autrement dit, suis-je un enfant désiré et conçu dans l’amour? Question légitime, s’il en est une…

En terminant, je reviens à la réflexion d’Éric Bédard (source d’inspiration de cet article) qui nous explique qu’on peut rejeter le passé, qu’on peut l’interroger mais qu’on peut aussi procéder à un inventaire de notre héritage passé en visant l’équilibre entre les pages sombres et les pages honorables.

C’est à partir de ce nouvel inventaire qu’on peut espérer réparer la fracture d’un divorce, envisager une suite à notre famille pour le bonheur de nos enfants, mais aussi et surtout pour nous-même. Car l’harmonie intérieure passe par la conscience d’une certaine continuité.

***

N.B. Vous aurez compris, chers lecteurs, que je n’ai pas voulu m’approprier les idées d’Éric Bédard sur la guérison de la mémoire. J’ai simplement tenté de les intégrer en me demandant si sa réflexion pouvait nourrir le cheminement de parents qui, comme moi, travaillent à guérir leur  » mémoire blessée ».  C’est pourquoi je vous invite à écouter l’entretien qu’il a donné à l’émission Église en sortie. Vous serez à même de rendre à César ce qui appartient à César.

Au plaisir d’en discuter avec vous!

Aïcha

Reférences

MONTBOURQUETTE, Jean. Aimer, perdre et grandir, éditions Novalis, Montréal, 2004, 165 pages.

BÉDARD, Éric. Entretien sur l’histoire de l’Église catholique au Québec, troisième partie de l’émission Église en sortie, épisode du 23 septembre 2016.

https://www.youtube.com/watch?v=A6mtSnRalu8

Lettre ouverte à mes enfants

Mes ADOrables,

 

Les années passent et je vous regarde aller avec la plus grande satisfaction!

Fiston, tu as fait ton entrée à l’école secondaire la tête haute, confiant et décidé à réussir.

Fifille, tu continues de rayonner à l’école alternative où tu nages comme un poisson dans l’eau, entourée d’amis et d’adultes sincères et animés de projets stimulants. Tu te prépares aussi à prendre le grand virage de l’école secondaire. Tu y es presque!

J’ai cette chance inouïe d’avoir des enfants épanouis, intelligents et en bonne santé.

Je suis choyée. Gratitude.

Mais je vais vous dire mes beaux trésors, j’ai surtout la chance d’avoir des enfants qui se taquinent et jouent ensemble, s’entraident et s’encouragent.

J’ai la chance d’avoir des enfants qui s’aiment.

Je reprends ici les paroles d’une chanson d’Yves Duteil que j’aime beaucoup:

Je vous aime

De vous aimer si fort

D’être tout à la fois

Et la soif et la source

Votre amour m’éclabousse

Et m’entraîne avec lui

Dans vos îles aux trésors

 

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Ce que j’ai envie de vous dire ce matin, c’est qu’il n’y a pas plus beau cadeau pour un parent que de voir ses enfants s’aimer.

 

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Chaque fois que vous riez ensemble, complices

Chaque fois que l’un de vous offre son aide à l’autre

Chaque fois que vous vous montrez solidaires dans les moments difficiles ou que vous vous défendez l’un l’autre

Chaque fois que vous vous concertez en secret pour m’adresser une demande avec plus de force

Chaque fois que vous choisissez le pardon plutôt que la rancune ou la colère durable

Chaque fois que l’un demande conseil à l’autre

Chaque fois que l’un conseille l’autre

Chaque fois que vous vous chamaillez gentiment

Chaque fois que vous vous concertez pour me faire… une surprise (un petit déjeuner au lit ou un massage à quatre mains)!

Chaque fois que vous vous encouragez dans vos loisirs

Chaque fois que vous célébrez vos réussites mutuelles,

Chaque fois que vous vous soutenez dans les moments de peine, d’impuissance ou de déception

Chaque fois

C’est le plus beau et le plus universel des cadeaux.

Je vous souhaite de garder cette relation tendre et vivante pour toujours; elle vous protégera de la solitude, de la peur et des coups durs.